Serge ROMANA : le fait… une grève de la faim !

Volet 3

Connaître le présent grâce à la reconstitution et à l’étude du passé : faire de l’histoire !

Nous aborderons ce dernier volet sous l’angle d’un témoignage personnel. Autrement dit l’historien disposera d’un outil qui devrait lui permettre de réaliser sa tâche.

Au cours de l’année 1997, près d’une année avant la « marche de mai 98 », avec Serge ROMANA nous entretenons de nombreux échanges. A la fin de l’année, nous nous rencontrons à Port-Louis, en Guadeloupe. Nous sommes légitimement préoccupés par la situation de nos compatriotes émigrés, « ka viv an vant a bèt la ». Nos nombreuses discussions portent sur la « pédagogie » à mettre en œuvre, selon le mot de Viviane ROMANA. Assez rapidement, il ressort de ces « bokantaj a pawòl » que mes amis ont la ferme intention d’organiser une « manifestation populaire » charpentée sur des colloques, séminaires au cours desquels interviendraient des personnalités de divers horizons et tout cela conclu par une « marche ». Le programme prévoyait des écrivains Martiniquais, des personnalités d’origine guadeloupéenne, entre autres…

L’idée de la « marche » ne me laissait pas indifférent puisque en Guadeloupe, c’est à Basse-Terre que cette formule avait été initiée au cours du lancement du Mouvman Kiltirèl Voukoum dans les années 1989-90. Soit. De Basse-Terre au Matouba, nous expérimentions une pratique nouvelle d’engagement-conscientisation, particulièrement pour les jeunes. Le « Fè Mémwa Maché ! Fè Konsyans Vansé ! » était dans les langes.

Nous échanges devenaient de plus en plus serrés concernant les invités. Sans être une voix déterminante de l’organisation, nous ne tenions pas être associés aux « assimilationnistes » de tout bord. Vers le mois d’avril 1998 nous recevons enfin le programme définitif et nous nous apercevons qu’il est prévu d’accueillir une personnalité gouvernementale. A quel titre, demandons-nous ? Et voilà, sur ce fait, les discussions s’enveniment et nous refusons d’honorer l’invitation de nos amis. La colère gagne Viviane notamment, qui « ne comprend pas » notre attitude, dit-elle. Cet incident est à l’origine de notre rupture définitive avec le couple ROMANA.

A l’analyse, à postériori, nous considérons que cette mise en scène initiale masquait une ambition : émerger sur la scène nationale française au titre des « Français d’outre-mer ». Il n’était plus question de « vant a bèt-la ! » L’existence quotidienne autant que les espérances de la « communauté » devenaient un champ d’investissement politicien. Les buts de la démarche ne pouvaient pas être dévoilés d’une traite. Il a fallu passer par le « lanmèkannfènèg ! »[1] et le dévoiement de l’histoire au service d’objectifs bassement politiciens. Le couronnement sera l’élection de Viviane ROMANA, conseillère régionale socialiste de l’Ile de France, en 2010 et 2015. Les ambitions de l’épouse cachent mal celles de l’époux.

Aujourd’hui, l’émigration guadeloupéenne en France n’a plus qu’à se préparer à un nouvel assaut venant cette fois des « assimilationnistes de droite », car le travail de démantèlement de la conscience nationale a été rondement mené par les « assimilationnistes de gauche ».

La petite bourgeoisie issue des entrailles de notre terre de Guadeloupe confond le plus souvent des intérêts bassement égoïstes avec  la légitime ambition d’émancipation de l’ensemble de notre Peuple. Dans sa quête, la réussite personnelle, individuelle se métamorphose en stratégie collective et sème la confusion la plus regrettable. Par ailleurs, dans le cas étudié ici, l’une des sources de cette débâcle idéologique réside, sans conteste, dans l’influence qu’a eu sur ces cadres étudiants guadeloupéens des théories psycho-culturelles inspirées de l’expérience  juive par Tobbie NATHAN[2], thérapeute formateur de V. ROMANA.

On ne peut que souscrire à cette pensée de Karfa DIALLO[3] : «… le problème mémoriel français continue de générer un savoir émotionnel obsédé par une mémoire de la Shoah qui a réussi à s’ériger comme modèle incontournable de lecture des tensions républicaines.»

Nous sommes devant une problématique franco-Française. Soit ! Il y a certes peu à en sortir du point de vue du « patriotisme révolutionnaire guadeloupéen« , mais qualitativement il est d’un grand intérêt, pour qui veut comprendre les questions qui se posent aux Peuples , dans la Caraïbe.

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Ce volet 3 met fin à la réflexion sur « SR : le fait… une grève de la faim  ! »

NB – Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer à propos des actes des uns et des autres (cf. depuis plus de 25 ans, les divergences qui ont marqué le « mouvement patriotique en Guadeloupe« ), mais SERGE… est un « petit frère ! »qui a perdu le sens des choses justes… Alors !…Pardonnez moi !

Bonne relecture …

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[1] Comité Marche du 23 mai1998  : « Lanmèkannfènèg : Lanmè (l’océan) — Kann (canne à sucre) — Fè (les chaînes) — Nèg (Nègres). Nous avons créé ce mot en l’an 2000, quelques mois après la naissance du CM98. Il symbolise les 4 éléments que nous considérons comme déterminants dans la création des descendants d’esclaves de la Guadeloupe et de la Martinique. En disant que nous sommes des Lanmèkannfènègs, nous voulons signifier que nous sommes des descendants d’esclaves assumant pleinement cette identité. »

[2] Professeur, écrivain représentant de l’ethno-psychiatrie en France.

[3] Consultant (cf. intelligence mémorielle). « Je ne suis d’aucun bord. Je ne suis encarté nulle part. Je veux avant tout rester un homme libre », dit-il, après qu’il ait été proche des Socialistes, comme les ROMANA. Il fonde son premier mouvement à propos de la mémoire en 1998.

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Serge ROMANA : le fait… une grève de la faim !

Volet 2

Que signifie donc cette grève de la faim ?

Evidemment, ce n’était pas la meilleure façon de montrer des « muscles ». Pourtant, c’est une autre manière sans doute de « fè goj ! ». On peut s’interroger sur l’origine de la souffrance qui conduit à une telle extrémité personnelle. Il ne faut pas laisser croire aux gens qu’il s’agissait d’une sorte de ras le bol d’avoir perdu du temps, lors des multiples rencontres ayant pour but d’expliquer, et encore expliquer… au petit peuple…et pour qu’enfin le Sénat ne daigne même pas prendre en considération cette démarche. Ce ne pouvait être que le rejet d’un déni républicain, explique l’acteur ! Alors il s’insurge publiquement. Et, il pousse un grand « cri de révolte contre la trahison d’un des nôtres [1]

En comparaison de ce que disait Serge ROMANA, il y a environ huit mois sur une radio en Guadeloupe, à propos de la position patriotique, sa décision d’entamer une telle action nous semble plus que problématique. Il disait en effet[2] : « Mais… Hébé ! A ce moment-là, si on reste à répéter ça éternellement… mais éternellement ! Nous n’irons nulle part ! C’est catastrophique ce type d’idéologie. On ne peut pas faire un truc comme ça !» Il parlait de la position indépendantiste. L’émotion tient lieu d’argument. Mais, fort de son expérience personnelle, sans aucun doute, il n’hésitait pas à enfoncer le clou : « Ou bien vous prenez les armes et à ce moment-là, vous le dites clairement ! Mais n’agitez pas des révolvers en plastique ou en carton en gonflant des muscles… Des muscles ! On met une petite punaise dans les muscles et ça explose ! Il n’y a aucun muscle derrière. C’est de la posture. » De la posture, dit-il ! Il ne voyait que des simulacres partout. Les travailleurs qui luttent pour de meilleurs salaires et des conditions de travail respectant le Code du Travail, les jeunes qui déambulent à l’ombre des amandiers et autres flamboyants, sans se voir offrir une perspective décente afin qu’ils construisent leur avenir, « C’est de la posture !» Mais, se rendant compte qu‘il était sur la radio la plus écoutée du pays, il se reprenait : « C’est en fait des personnes qui souffrent. » Et, heureusement lui il sait de quoi ils souffrent : « Qui souffrent parce que justement eh ben, elles n’ont pas fait le travail qu’on a fait : de réconciliation avec leurs propres parents. Elles n’ont pas fait ce travail-là. Donc, c’est pour moi un faux chemin. C’est pour moi quelque chose qui ne va nulle part, qui nous fait perdre du temps. » Il aurait diagnostiqué l’origine de la souffrance de « ces gens ». Il aurait administré à nombre de personnes membres du CM98 le « seul remède » apte à les guérir ! Se réconcilier avec ses « propres parents ». C’est là que la magie opère semble-t-il : quand les uns sont exaucés au cimetière des esclaves de l’Anse Maurice, en Guadeloupe, on doit se réconcilier avec les autres, vivants à la tête des plus grosses entreprises en Guadeloupe et en Martinique. Il pensait avoir gagné du temps. En l’occurrence, c’est le temps qui l’aurait ainsi rattrapé.

Il s’interrogeait avec ironie sur l’opportunité de se battre, « Que voulez-vous faire d’autre ? On ne peut pas éternellement refaire le match… Il est fait le match, hein, il est terminé, que voulez-vous : Vous n’avez pas fait de révolution antiesclavagiste, les noms nous ont été donnés, nous sommes des enfants d’affranchis, c’est ça la réalité…  On ne va pas aller refaire le match de l’esclavage qui a 180 ans. Faut arrêter avec cette histoire !»[3]

Avec quelle histoire serait-on tenté de dire ? Chacun de nous porte avec soi sa « petite histoire » et le plus souvent elle prend des formes inattendues devant des proches, des intimes, voire des professionnels. Notre équilibre personnel dépend de notre capacité à la domestiquer, car elle dépeint pour une bonne part, notre quotidien. D’une façon générale, elle est partie de nous tant qu’elle ne se meut pas en toute liberté, prenant le dessus sur tout, y compris sur nous-mêmes.

Il y a l’histoire tout cours, qui selon l’assertion commune est plurielle. Elle comprend tout. Elle est diversifiée. Elle ne se laisse pas apprivoiser. On pourrait même dire qu’elle détermine tout, les personnes autant que les sociétés. La mise en esclavage des Africains à l’époque moderne fait partie des éléments constitutifs de cette histoire. Incontournable ! L’émotion peut vous conduire à vouloir la taire, l’enterrer, à ne pas l’enseigner aux enfants, rien n’y fera, elle émergera tel un iceberg au milieu de l’océan de nos actes supposés ou réels. Autrement dit, que ce soit par le biais de l’imaginaire ou par nos actes d’utilité quotidienne, elle est en nous et elle nous crée autant que nous la créons.

Il y a ensuite la discipline en elle–même qui est l’affaire de professionnels. En somme, tout un chacun de nous peut mettre en pratique les critères essentiels qui fondent la discipline : la référence aux sources (documents d’archives), l’esprit critique, l’honnêteté intellectuelle… Toutefois, il est souvent hasardeux de commettre des documents sans le recul nécessaire, c’est-à-dire les apports transversaux qui vous viennent par une longue pratique des archives. Aussi, croire qu’il suffit d’exposer un document parce qu’il existe, peut constituer une erreur monumentale, qui peut affecter durablement les mentalités. Il ne s’agit donc pas d’« arrêter avec cette histoire », mais d’être prudent, comme dans l’exercice de toute chose.

Aussi, lorsque d’aucun s’interroge sur l’opportunité de la proposition du CM98, il n’y a pas lieu de voir que de mauvaises intentions. Selon le courant d’opinion des intéressés, il faut distinguer des points de vue divergents, en l’occurrence, il y a les « républicains », les « potentats du système » d’un côté, et les « patriotes » de l’autre.

Les premiers sont à la recherche de l’équilibre le plus relax possible dans l’exercice de la citoyenneté française. Chez nous, ils sont assimilationnistes. En France, ils sont intégrationnistes. Assimilationnistes ou intégrationnistes, leur point de vue sur la question de la dualité « héros » et « victimes » dans la problématique de l’esclavage n’est pas forcément uniforme. Serge ROMANA est intégrationniste (fils d’esclaves au sein de la République…) et Félix DESPLAND est assimilationniste (la Guadeloupe, c’est la France…), pourtant, ils sont tous deux à l’origine de la controverse actuelle concernant le choix d’une date. Mais, au-delà de l’opposition entre ces deux approches à l’origine de cette grève, nous retrouvons des  « assimilationnistes réactionnaires », partisans du développement des liens de suprématie de la « race blanche ». En outre, il y a des « assimilationnistes progressistes », partisans d’une France respectueuse de la diversité. Ces deux courants sont pétris dans un fidéisme colonial qui n’a pas d’égal dans l’histoire contemporaine : la France a une mission civilisatrice ! Serge ROMANA a depuis une année le vent en poupe afin de réaliser une alliance entre ces deux courants. L’annonce de la création de la Fondation pour l’Esclavage en est la plus directe illustration. Il y a d’autres initiatives du même genre en France, notamment celle des Socialistes avec à sa tête Lionel ZINSOU. Dans l’ensemble elles cherchent toutes à pérenniser la domination française, soit sur ces possessions coloniales actuelles ou tout simplement en redynamisant les liens de subordination avec des peuples Africains. Les uns et les autres sont dans une logique mémorielle qu’ils cherchent à matérialiser (Mémorial Acte en Guadeloupe, projet d’un monument en France…) ; ils sont tous d’accord pour édifier des monuments et fixer dans le calendrier des moments de célébration de la mémoire républicaine : une ou deux dates, cela ne revêt qu’une importance secondaire, sauf du point de vue de l’égo chez les uns, ou de la référence à des principes aussi idéalistes que creux, chez les autres.

Ni les uns, ni les autres ne sont préoccupés par la situation réelle des Peuples colonisés ou néo-colonisés. Ce sont les « patriotes révolutionnaires » qui ont mis au cœur de leurs actions la conscientisation des masses. En Guadeloupe, particulièrement, ils ont répondu depuis près de vingt ans à l’offensive assimilationniste par une démarche collective conceptualisée en une formule ramassée : «  Fè Mémwa Maché ! Fè Konsyans Vansé !»[4]

La question de la mémoire est posée d’une manière dynamique, en marche, ce qui n’a pas manqué d’aboutir inéluctablement à un changement radical de l’état d’esprit de nombreux Guadeloupéens face à la question du territoire, d’où « La Gwadloup sé tan Nou ! La Gwadloup apa ta Yo ! ». L’histoire est investie tel un champ de connaissance de soi, du point de vue collectif et non familial ou individuel. Seule cette approche rend possible l’accès à un épanouissement personnel, individuel. Pour cela, il faut du temps.

C’est cette opposition idéologique et politique qui peut conduire à une pleine compréhension de la « crise » qui vient de secouer l’émigration guadeloupéenne en France. Cette grève qui se termine comme elle avait commencé est l’expression d’une grave crise, une rupture du temps, qui est en train de nous signifier qu’un profond renouvellement des forces est en cours. Les émigrés guadeloupéens, « fils d’esclaves », « républicains et Français » ont pris vingt ans pour dire au monde leurs espérances[5]. C’est fini ! Ce n’est pas quelque chose qui commence ! C’est un temps qui aujourd’hui appartient au passé. Terminons ce volet 2 sur ces mots d’un militant du MOUVMAN NONM :

« A nous l’avenir !

Aux forces de progrès ! Aux anti-colonialistes ! Aux ant-impérialistes !

A bâtir un nouvel avenir pour les Caribéens ! »

 

 

NB – (Prochaine parution dans 3 jours ; Volet 3)

[1] Outre-mer-news.fr, 14.01.2017.

[2] RCI, du 24.05.2016, repris par CREOLENEWS du 02.06.2016.

[3] CREOLEWAYS, 02.06.2016… Le Magazine des dynamiques créoles…

[4] cf. les mouvements initiés par FOS É BALAN (dynamique de reconstruction entamée au sein de l’UGTG et réunissant des Membres du syndicat et des patriotes non salariés), puis par l’UGTG, MOUVMAN NONM à partir de mai 2001 (affaire Michel Madassamy)…

[5] A vouloir parler en notre nom à TOUS, ils nous fait perde du temps !

Serge ROMANA : le fait… une grève de la faim !

Volet 1

Venons-en au fait.

Afin d’éclairer notre propos qui se fonde sur une réflexion socio-historique, nous aborderons ce premier aspect de notre développement en examinant les affirmations de l’auteur de la grève, celles de ses proches et les conditions de l’environnement socio-politique de son acte.

A un journaliste de 97LAND[1] qui demandait à Serge ROMANA, que se passe-t-il ? Voilà ce qu’il répondit : « Nous pensions être arrivés au terme d’une lutte de vingt ans. L’assemblée nationale a voté en octobre une modification des lois sur la commémoration : ils ont enfin reconnu les morts de nos familles et deux dates ont été déterminées au niveau national. Cela ne change rien pour les dates spécifiques pour la Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte, mais le message était clair. Le 10 mai, on célèbre les combattants et la République, le 23 mai nos familles victimes de l’esclavage, ceux qui ont souffert.»[2]

Que faut-il comprendre dans chacune des deux dernières formules d’une telle réponse ? « Le 10 mai, on célèbre les combattants et la République », c’est la première, et puis, « le 23 mai nos familles victimes de l’esclavage, ceux qui ont souffert », c’est la seconde.

Doit-on croire que les combattants ce sont ceux-là qui n’ont pas souffert de l’esclavage, mais ont milité, lutté pour que cesse une telle indignité humaine ? On ne sait pas trop. Cela pourrait inclure toutes les bonnes âmes abolitionnistes (humanistes, francs-maçons…) et tous les défenseurs de la République. Il faut entendre peut-être que les Ignace, Delgrès, Palerme, Solitude et autres « héros » de notre histoire y trouvent eux aussi leur place dans la république « réconciliée ». Dans l’histoire de la Guadeloupe contemporaine cela fait un mélange assez hétéroclite. Pour ce qui est de la seconde formule les termes sont très clairs « nos familles, victimes de l’esclavage, ceux qui ont souffert »… Il faut croire qu’on y trouve deux approches : l’une combattante, républicaine, l’autre victimaire, doloriste.

Dans l’histoire d’une façon générale, jamais il n’a été question d’envisager la problématique servile sous un tel angle de vue. Qu’il s’agisse de l’esclavage dans l’Antiquité ou de l’esclavage à l’époque moderne, les historiens n’ont jamais eu l’idée de fonder la mémoire de la chose autant que l’histoire de cette pratique sociale sur une dualité telle que l’on vient de l’exposer : d’un côté des « héros » et de l’autre des « victimes ». On pourra s’interroger sur les contingences qui ont produit un tel agencement dans l’esprit des dirigeants du CM98. Le fait « grève de la faim » est posée sur cette base par l’acteur lui-même comme indubitable : vous êtes pour ou contre !

Toutefois, à entendre Viviane ROMANA[3]il ne fallait pas se tromper, il s’agissait de la réponse adéquate à « un hold-up démocratique » qui ne prenait pas en compte les intérêts bien compris des « héros » et des « victimes », tel que l’envisageaient le CM98 et le CNMHE[4]. Il nous fallait admettre que « apa on blan ki fè nou sa ! » Donc « ce n’est pas possible » que la « trahison vienne de l’un d’entre nous ! ». Enfin, comme elle le disait au journaliste juste le jour du démarrage de la grève de la faim de Serge : « je ne suis pas inquiète, il m’a appris à ne pas être inquiète…s’il y a la moindre défaillance au niveau de sa santé, il arrêtera la grève de la faim… il souffre d’un peu de tension, mais … je crois qu’il tiendra…»

Le conseil d’administration de l’association CM98 aurait entériné la décision de son président après que l’épouse de ce dernier eut donné son accord au petit matin dit-elle, en ce 13 janvier. Il faut donc conclure que nous sommes devant un acte personnel, certes, mais partagé par un groupe qui fait corps derrière son président.

Mais, quelle était, à priori, la portée envisagée pour un tel acte ? Quelle était la procédure prévisible ?

L’Assemblée Nationale française s’est prononcée en octobre dernier en première lecture, et a construit un texte de 116 articles sur l’Égalité réelle outre-mer. Les discussions en commission au Sénat ont fait leurs oeuvres et cela a réduit le même texte à 88 articles. L’un des multiples articles, le 20A a été supprimé à la demande du sénateur d’origine guadeloupéenne, Félix DESPLAND. Telle serait l’origine de la colère de Serge ROMANA.

En vérité, lorsqu’il indiqua qu’il maintenait sa grève jusqu’à la reprise des discussions au Sénat, on a le droit de se demander s’il avait l’intention de poursuivre son mouvement quelle que soit la décision de celle-ci. Plus précisément, la navette entre l’AN et le Sénat, ne dépasserait pas une semaine. C’était prévisible. Qu’allait-il se passer ? A quel stade de la procédure pouvait-on attendre une réponse satisfaisante selon Serge ROMANA ? Chez ce dernier c’est la reprise de l’article 20A qui était visée. Pour en être fixé il fallait attendre quelques jours. Primo, la grève de la faim était à durée déterminée, 5 à 6 jours. Secondo, à partir de là (mercredi 18), en cas de décision positive, il arrêterait sa grève. En cas de réponse négative du Sénat qu’allait-il faire ? Voilà ce qui conditionnait, dans un premier temps, l’accueil de la nouvelle. Aussi, l’annonce de cette grève s’apparentait à « une posture » et non à un acte d’une indicible bravoure, car il n’y avait pas d’incertitude absolue sur sa durée. Or, la nouvelle est tombée en quelque sorte dans l’opinion guadeloupéenne, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, avec les apparences d’une nouvelle « tragédie », en résonnance, à 1975[5] et à 1985.[6]

Le fait semble bien établi dans une déclinaison toute simple : engagement-action et paroles de l’acteur ; l’opinion de ses proches, et enfin l’évocation des effets de l’environnement immédiat. Tel se termine le volet 1…

Prochaine parution dans 3 jours (Volet 2)

[1] 97LAND, 16.01.2017.

[2] Idem, 97LAND, 16.01.2017.

[3] Outre-mer-news. fr, 14.01.2017

[4] Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, instituée en 2004, par Jacques CHIRAC. Il est présidé d’abord par Maryse CONDÉ, puis par Myriam COTTIAS et aujourd’hui par Frédéric RÉGENT.

[5] Grève de la faim du Père Chérubin CELESTE, décédé le 12 janvier 2017.

[6] Grève de la faim de Georges FAISANS.

Serge ROMANA : le fait… une grève de la faim !

Serge ROMANA : le fait… une grève de la faim !

« Le fait n’est rien par lui-même, il ne vaut que par l’idée qui s’y rattache ou par la preuve qu’il fournit » ….

Ce sont ces mots du scientifique français, Claude BERNARD (biologiste) que m’a d’abord inspiré l’annonce de la grève de la faim entamée par Serge ROMANA, le vendredi 13 janvier 2017, devant le sénat, à Paris.[1]

Manipulatrice pour certains, exemplaire pour d’autres, cette action suscite beaucoup de commentaires, de réactions… Elle ne laisse pas indifférent, surtout dans le milieu des Caribéens colonisés français, émigrés en France.

Ma réflexion porte sur le fait en lui-même : Quelle idée s’y rattache ? Quelle preuve apporte-t-il ?

Mais, tout d’abord qu’est-ce ici le fait ?

Serge ROMANA… grève de la faim… Sénat…loi égalité réelle… Donc, un nom, une personnalité, une vie exposée…sur le trottoir devant l’entrée d’une assemblée constituant une des institutions clés de la république française. Ces quelques mots peuvent sembler suffisants pour établir le fait et susciter la colère, l’émoi, bref, la curiosité. Il n’en est rien ! Il nous faut regarder au plus près l’idée qui s’y rattache, pou NOU pa pwan dlo mousach pou lèt !

De plus, je m’inscris dans la position de celui qui depuis 20 ans cherche des preuves d’une véritable trahison de nos positions fondamentales dans la lutte du Peuple Guadeloupéen contre le colonialisme, et singulièrement dans la juste solidarité que ce Peuple est en droit d’attendre de ses ressortissants vivant à l’extérieur du territoire national.

Voilà d’où NOU partirons afin d’examiner ce fait en apparence extraordinaire.

 

A bientôt !

[1] Je lisais le premier tome d’un livre du philosophe français Georges GASTAUD intitulé, Lumières communes…et à la page 131, il note une phrase tirée de L’introduction à la médecine expérimentale  (Claude BERNARD), qui devrait inspirer bien des gens embarqués dans cette galère.

Eléments de comparaison : la question des Noirs aux Etats-Unis et en France ..

Depuis Ferguson il est apparu clairement aux yeux de l’opinion internationale que les Noirs constituaient un problème aux EU. De nombreux articles parus en France dénotent l’acuité de la problématique américaine vis à vis des Noirs. Lors d’une émission TV il était même dit que depuis 1964, les EU n’avaient pas digéré la question des Noirs à la suite de l’absorption des droits civiques.
Il semble qu’en France il n’y ait pas de question relative aux Noirs.
Pourquoi donc la société guadeloupéenne (partie de la société française, dit-on !) est-elle divisée en couches chromatiques ?

Pourquoi donc, les emplois de responsabilité, dans les entreprises pilotes, publiques ou privées, sont-ils occupés par des Blancs ?

Pourquoi donc, depuis Achille René-Boisneuf (fin XIXe, début XXe siècles) les cadres d’origine guadeloupéenne insistent tant sur la promotion par le mérite ?

Pourquoi au mois d’août 2016, le Parlement français a voté en catimini, une loi abrogeant la loi d’avril 1849, indemnisant les maîtres d’esclaves, alors même qu’un décret-loi (avril 1848) abolissait l’esclavage et donc le statut des « maîtres » ?

Pourquoi en décembre 1959 à Fort de France , en Martinique, et en mai 1967 à Pointe-à-Pitre, les forces militaires françaises ont-elles assassinées ?

Pourquoi le gendarme assassin du jeune Guadeloupéen Charles-Henri Salin (1985) a-t-il été décoré ?

« Le 18 novembre 1985, le jeune lycéen Charles Henri SALIN est tué de trois balles de pistolet-mitrailleur par Michel MASS, 42 ans, maréchal chef des logis de la gendarmerie. Dans les semaines qui suivent Michel MAAS retourne en France où il reçoit une promotion (ainsi que les honneurs et la décoration qui l’accompagnent dans ces milieux là)« … Marcel Manville, Avocat Martiniquais…

POSEZ-VOUS DES QUESTIONS   !!!!  ????

NOU sòti Bawbad

Mwen é Lik, nou sòti rété Bawbad, pannan on simenn, pou nou té pawtisipé adan on konférans ki nonmé « Islands in Between». An vérité nou pwofité pou té konnèt myé péyi -la.

Nou rivé Bawbad douvan jou, lè 2 novanm, koté dézè é dimi « A.M », paskè la LIAT té ni onlo rèta. Evidaman, rivé an mitan lannwit adan on péyi, apa méyè mannyè pouw pé dékouvè sa ki ni alantou a-w. On dòt koté, sa ka fè-w konpwann adan on bat zyé, ki jan péyi-la kléré, ki jan kaz a moun simé asi téritwa a péyi-la épi kijan lé batiman pozé asi tè a péyi-la. Sa ja ka pòté on lidé ba-w asi mannyè dévlopman mondyalizé sizé an péyi-la. Annou yenki di, pou bonn é érèz rivé an nou a Bawbad, nou trapé vit fè on lidé konm kwa, péyi la pito « dévlopé ».

Nou lojé adan on lotèl a « Sunset Crest » (St. James) asi koté anba van, solèy kouchan dannò a péyi-la. Sé on zòn ola tini yonn-dé monn ; fò pa palé montangn. Sépoulosdonk, nou pa té lwen a « Cave Hill University », on bèl sité pou jennès apwann konnèt é konpwann.

Pwèmyé jouné la nou a-y fè on lantou a Bridgetown é nou pwofité pou té vizité « Parliament » a yo. Nou té pé dékouvè plizyè èspozisyon asi vi a nonm an péyi-la é mannyè yo ka vwè nésans a Bawbad a jòdijou. Sa ki fwapé mwen sé kontinwité yo ka fè antrè lépok kolonyal é lépok pos-kolonyal. Sé pousa an ka kwè yo planté douvan lantrè a sal pwensipal la, dé figi : on fig a Nèg é yonn a Blan, fas-a-fas ka kadré pòt lantré-la. Sosyété-la an konstriksyon. Yo mété douvan valè a kouraj, valè a détewminasyon, valè a angajman, valè a krikèt, valè spirityèl kèlkè swa fom rèlijyon sa ka pwan aka lé nom é fanm ki konstrui péyi-la. Tousa pwézanté èvè vi a dé moun ka sèvi senbòl a péyi-la. Pwèmyé « Parliament » a yo monté an lanné 1654. Sé té tan ola an Langlètè konba va antrè moun ki pou Cromwell é dot ki kont li. Lé koloni sé zévan pou tousa ki ni poblèm an rèlijyon ouben an òwganizasyon politik é sosyal.

Konférans « Islands in Between», té pwévwa rousouvwè moun Létazini, Gwadloup, Matinik, Pòto-Riko, Trinidad, Bannzil Vyèwj é dòt ankò. Lè 2 oswa adan on kontré pou bokanté, tout moun vini, palé, bwè, manjé ansanm. Sé la an kontré Max, on Gwadloupéyen ka fè lékòl an linivewsité Matinik.

Landèmen, tout lajouné, adan plizyè « panèl » lang komansé fè lafimé : anglé siwtou, pannyòl, fwansé, kréyòl… pou èspliké, démontré kontèl sosyété Karayib-la vivan-vivan. Antrè lè mewkrèdi 2 é lè sanmdi 5 novanm 2016, mi sé konsa bokantaj pawòl fèt asi sosyété a lilèt Karayib épi bout asi on tèm : ki jan sosyété Bawbad ka viv jòdi poblèm a jénnès, poblèm a édikasyon é fowmasyon…?

Lé kontré té plen piman. Sé konsa èvè Karl, on Bawbadyen, pwofésè istwa, nou vizité on bon détwa koté, kontèl falèz an dannò, distilri … , « Tower Hill », lizinn a koton koté Senjòj… Nou pasé vwè on kouzen a-y é la nou dékolé èvè sa yo kriyé on ponch bawbadyen ; èvè glason adan-y sa ka sanm on ponch matiniken. Dayè, mwen apwann ki té ni onlo léchanj antrè Bawbad é Matinik jiskoté lé lanné 1960. On jou Karl té an Matinik aka dé béké é on kout kréyòl chapé an bouch a-y. I enki santi on kalòt rivé an figi a-y, « Bla…wwww ! » Sé madanm-la an kaz la ki woupwan-y kon sa : « Ce n’est pas une langue de civilisé, mon garçon ! »

Pannan déotwa jou nou sòti langanné, diskité asi kréyol… Sé pou di-w, la vi ka maché kochi ! On pawòl ki vré jòdi pé byen vin fo dèmen !

MWA MÉ …! MWA MÉMWA …!

Le mois de mai, dans l’histoire de la Guadeloupe, occupe une place particulière.

Pourquoi ?

D’abord, il s’agit de remarquer que le premier semestre (janvier-juin) est une période de  l’année dominée par le retour aux températures chaudes. La saison sèche, dite de carême s’installe progressivement . La pluviométrie annuelle enregistre ses plus basses précipitations. La deuxième phase de ce premier semestre (avril à juin) est celle qui consolide les premières tendances. Les corps (végétaux, animaux, humains) sont alors au maximum de leur revitalisation. L’environnement naturel est changeant : mer calme, végétation exubérante ou rabougrie (selon la tendance : carême vert ou sec)… Les vibrations atmosphériques peuvent être très variables : forte humidité, pression atmosphérique élevée… Les influences hivernales de la zone tempérée Nord s’estompent peu à peu et laissent place à une dominante équatoriale, qui se convertira quelques mois plus tard en des troubles atmosphériques violents (tempêtes, ouragans)….

Le mois de mai est au cœur de cette conjonction entre le plus frais et le plus chaud.

Sur le plan social, Kalukaéra (île aux belles eaux) voyait alors s’ébranler les canoas pour des expéditions Kalinas, vers les îles avoisinantes. Au cours de ce premier semestre, Les vaillants guerriers Kalinago se faisaient respecter, y compris par les Espagnols. L’intrusion coloniale française s’est effectuée au mois de juin 1635. Ainsi donc, deux mondes s’enchevêtraient pour une indicible confrontation.

  1. Mai 1802 : C’est le moment de la première conflagration qui prend un aspect principalement militaire. En effet, le Gouvernement provisoire de la Guadeloupe, installé le 5 novembre 1801, se trouve confronté six mois plus tard (le 6 mai 1802) a un dilemme : faut – il remettre le pouvoir à Richepanse, envoyé par Bonaparte, à la tête d’une expédition de plus de 3000 militaires ? La réponse sera  oui et non ! Ce sont d’abord, les « légitimistes » avec à leur tête Magloire Pélage qui répondent « oui »! Mais, les « indépendantistes » répondent  « non »! La personne reconnue comme le porte drapeau de cette dernière tendance, c’est sans conteste Joseph Ignace. Aussi, le 6 mai 1802, c’est la rupture… « yo ka kaskòd ! » La guerre est la seule issue. Elle est là dès le 10 mai sur les côtes sous le vent de la Guadeloupe. On connaît le déroulement des batailles qui opposent les deux armées. Mais, il mérite que l’on signale la décision des « officiers rebelles »de quitter le fort de Basse-Terre dans la nuit du 21 au 22 mai, scindant leurs troupes en deux colonnes : l’une s’élançant vers les hauteurs du Matouba, avec à sa tête Louis Delgrès, et l’autre vers les plaines de l’Est et Pointe-à-Pitre, sous le commandement de Joseph Ignace. Ce mois de mai 1802 se terminera par les défaites de nos troupes, d’abord le 25 à Baimbridge et le 28 à Danglemont.
  2. Au mois de mai 1848, c’est l’abolition de l’esclavage, sous la menace d’une révolte généralisée des esclaves de la Guadeloupe. Le gouverneur Layrle décide de devancer la publication du décret du 27 avril et rassure les esclaves et les maîtres : les uns seront « légitimement » indemnisés et les autres devront se mettre au travail afin de s’émanciper réellement.
  3. Le mois de mai 1967 voit l’assassinat d’une centaine de Guadeloupéens. Les forces coloniales tirent sur les ouvriers, sur les jeunes et sur n’importe qui dans la rue entre l’après-midi du vendredi 26 et la fin de la matinée du samedi 27.
  4. Entre ces mois de mai, nous nous souvenons des févriers sanglants : 1910 (2 morts), 1925 (6 morts), 1952 (4 morts)… nos premiers semestres portent le sceau du tragique.

Depuis le

 « Twa Jou Maché ! » de 2002

« Fè Mémwa Maché… Fè Konsyans Vansé ! » de 2004,

« Komité Mwa Mé » de 2005, signé UGTG, AKIYO, MOUVMAN NONM…

« ANMWÉ 67 ! » de 2006…Malgré les déconvenues et les désunions…

Il y eu  » JANVYÉ 2009 ! » du LKP !

Nos débuts d’année sont porteuses d’espérances  !!!