Des Jeunes démolissent la statue de Victor Schoelcher à Fort de France et à Schoelcher en Martinique

Je viens de lire plusieurs contributions dont celle des historiens René Bélénus (Guadeloupén) et Gilbert Pago (Martiniquais), ainsi que la protestation du député Martiniquais, Serge Letchimy, sans oublier le questionnement insolite de Jean Crusol :  « Pourquoi ne détruit-on pas les statues en Guadeloupe ? », à propos du geste des jeunes, qui le 22 mai 2020, ont entrepris de démolir la statue de Schoelcher.

Sachez, M. Crusol qu’au mois d’avril 2015, les Guadeloupéens, réunis en masse, à la Pointe Allègre, dans la commune de Sainte-Rose, ont détruit une imposante statue érigée à la gloire des premiers Colons français installés sur nos terres.

Par ailleurs, je ne comprends pas que l’on puise systématiquement interroger cet acte des jeunes sur le seul angle de l’interprétation de l’histoire de nos Peuples. En effet, les auteurs, quels qu’ils soient, intellectuels ou politiciens, mettent l’accent sur l’interprétation de l’histoire que renfermerait cet acte de destruction. Voilà des enfants du pays qui disent avec leur geste qu’il n’acceptent pas la situation actuelle qu’ils relient à un enseignement, à une interprétation de leur histoire, à une manipulation politique bienveillante du passé, de la par des élus locaux, et divers auteurs leur répondent :  « Ecoutez ! Vous vous trompez. Il n’y a pas que les esclaves qui étaient contre l’esclavage. Certains philanthropes Français, dont Victor Schoelcher, ont consacré une bonne partie de leur vie à défendre la cause de la dignité des Africains réduits en esclavage dans les îles de la Caraïbe…etc. »

Soyons sérieux !

C’est, peut-être, par ce seul angle que les dits observateurs ont compris le geste initié, mais j’entends, je perçois autre chose. On ne peut leur opposer la grande leçon d’une farandole interprétative de la reconstitution du passé (on remontrait presque au Grec Hérodote !), d’autant que ces jeunes n’ont, à ma connaissance, jamais prétendu se poser en donneurs de leçons d’histoire. Ils nous ont mis devant un geste présent qui traduit un mal être immédiat forcément en relation avec ce qui les a précédé, en l’occurrence, l’action de Victor Schoelcher qui a été très actif tout au long du XIXe siècle, en Martinique et en Guadeloupe, mais pas seulement.

On peut toujours tenter de réduire leur geste au seul symbole qu’ils ont visé, par une destruction matérielle, mais je comprends, bien au-delà de la masse de pierre renversée, qu’il y a autre chose qui est communiqué. Et cela m’intéresse.

Je ne vais donc pas m’attacher, à cette occasion, à reconnaître que des philanthropes Européens (d’abord des Britanniques, des Danois et autres Français…) se sont penchés sur les conditions de vie des esclaves au XVIIIe, mais surtout au XIXe siècle, dès lors que l’évolution de leur société ait rendu inacceptable, aux yeux des plus éclairés d’entre eux, cette animalisation de l’homme africain à peau noire. Non ! Ce fait ne présente aujourd’hui, qu’un intérêt relatif dans la mesure ou, cent cinquante à deux cents ans plus tard, au sommet de ces mêmes sociétés (en terme de pouvoir et de valeurs), les discriminations anti-noires sont actives, opérantes et génèrent, bien souvent comme aux Etats-Unis, des assassinats, des crimes restés impunis.

Aucune défense de l’engagement de Victor Schoelcher, aussi pertinente serait-elle, ne saura rendre justice à la souffrance réelle exprimée par ces jeunes Martiniquais.

Aussi, commençons par consacrer à leur douleur ainsi extériorisée l’attention nécessaire. Par exemple, en entamant un débat, au sein de l’assemblée de la Collectivité martiniquaise, sur la portée réelle de l’abolition de 1848. Donnez leur la parole. Entamez le débat sur les conditions de vie actuelle de la jeunesse martiniquaise…bref, répondez à leur geste sur le terrain de sa pleine signification présente. Entendez les ! Ne leur opposez pas la seule valeur de l’histoire en réponse à leur souffrance exprimée ! Ils ont droit à beaucoup plus d’égard…

« KOLONI OU YÉ… !!! KOLONI OU KÉ RÉTÉ…!!! » « TU ES MON ÊTRE À MOI…!!! TU LE RESTERAS… !!! »

A l’occasion du confinement qui nous est imposé et qui nous apparait tout à fait normal dans le cadre de la pandémie Covid-19, nous vous soumettons quelques réflexions d’un ancien colonel de l’armée de terre française qui servit son pays au début du XIXe siècle dans la colonie de Guadeloupe. Il eut le malheur d’être l’ officier supérieur commandant de la Guadeloupe, qui eut à répondre devant un tribunal militaire de sa responsabilité face aux troupes anglaises qui occupèrent la Guadeloupe en 1815, avec l’aide d’habitants de la colonie.[1] Il s’agit de Eugène, Edouard BOYER-PEYRELEAU, (dit communément Boyer De Peyreleau) qui quelques années après, se mit à la plume et rédigea en trois tomes un ouvrage intitulé : Antilles françaises, particulièrement La Guadeloupe, depuis leur découverte jusqu’à 1925.[2]

            Ce qui m’a inspiré c’est avant tout la geste et les attitudes de l’actuel préfet GUSTIN[3] dans la gestion quotidienne des affaires de la colonie, et les réponses de la classe politique locale. Il me semble que le représentant de l’Etat sait de quoi il en ressort. Les représentants politiques, les « zéli loko », se complaisent dans un rêve éveillé. Malheur à ceux qui feignent de ne pas comprendre la réalité qui leur est imposée !

            Ce passage du tome 3 de l’ouvrage précité nous fournit une matière vieille de deux siècles, mais particulièrement éclairante au regard de la situation actuelle dans les Caraïbes.

Que dit-il donc en 1826 ?

(…) le gouvernement fut réparti entre un capitaine-général, un préfet colonial et un grand juge ou commissaire de justice.[4]

(…) Entourées de mers, situées à de grandes distances de la métropole, d’un accès facile à tout ennemi extérieur, les Antilles françaises doivent être mises en état de se suffire longtemps à elles-mêmes.

Les foyers de troubles allumés dans leur voisinage, l’esclavage permanent, base de leur agriculture et de leur prospérité, les tiennent dans un éveil continuel. Une population de diverses couleurs, qu’accroissent chaque jour des individus accourus ou amenés sans choix, de toutes les parties de la France; une multitude de marins de toutes les nations que le commerce y attire et dont le ciel de l’équateur fait fermenter les passions, influent à toute heure sur leur tranquillité et les mettent dans un état de crise perpétuelle difficile à exprimer, et dont le capitaine général Villaret de Joyeuse, essaya de donner une idée, en disant : « que même en temps de paix, son île était dans un état de siège moral ». Il faut donc aux colonies une puissance forte, réprimante, rapide comme le mal qui les menace, et dont elle doit prévenir ou arrêter l’invasion ; par conséquent cette autorité doit-être une et dégagée de toute entrave. La concurrence des pouvoirs y est contre la nature des choses a très-bien dit, M. Durand-Molard.[5]

L’arrêté organique des consuls disait, à la vérité, qu’en cas d’urgence, le capitaine-général pourrait, comme dans les places de guerre, surseoir à l’exécution des lois par une déclaration d’état de siège, ce qui annonçait que l’unité d’action et de mouvement était considérée comme le seul moyen de salut.

Mais, puisque les colonies sont toujours à-peu-près dans cet état d’urgence, pourquoi ne pas y rendre l’unité d’action permanente ? C’est le seul moyen d’éviter les discussions, les rivalités, les prétentions exagérées, les tracasseries et les conflits de pouvoir dont les colonies, plus encore que les agents de la métropole, ont eu de tout temps à se plaindre. (…)[6]

L’auteur de ces lignes est un officier qui revient sur les événements survenus en Guadeloupe en octobre 1801. Nous convenons que les circonstances de la production de son récit ne sont pas tout à fait sereines. Soit !

Toutefois, la veine profonde de son discours est proprement colonial et assimilationniste. D’ailleurs, c’est dans l’air du temps, car les trois assemblées législatives de l’époque considéraient que les colonies faisaient partie intégrante de la France.

Nous sommes appelés à comprendre les comportements actuels des personnages de l’appareil d’Etat, comme la continuation d’un état d’être, d’une philosophie politique née à l’époque moderne et consubstantielle à la naissance des premières possessions coloniales dans la Caraïbe. M. GUSTIN est un représentant typique de l’Etat colonial. Les politiciens de Guadeloupe eux, rêvent d’égalité et de fraternité, tout en acceptant dans la réalité d’être méprisés et infantilisés. Ils sont conscients d’être des dominés et cultivent la répulsion des faibles, à savoir : « Héla ! Héla ! Ou ka toufé mwen ! »[7] ! Un cri, certes, mais calfeutré, digéré afin de ne pas déplaire à l’assassin. Quelle misère !

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[1] Il fut condamné à mort le 11 mars 1816, par un tribunal militaire, mais le Roi commua la peine en emprisonnement à perpétuité. La parution dans l’Almanach de Guadeloupe de 1822, d’une note portant sur 1815 et qui vilipendait le gouverneur Linois et lui-même, adjudant-commandant, le convainc de poursuivre son histoire de la Guadeloupe après 1794, d’où le tome 3.  

[2] EE. Boyer-Peyreleau, Antilles françaises, particulièrement La Guadeloupe, depuis leur découverte jusqu’à 1925, 2e édition, 3  tomes, Paris,1826.

[3] Actuel préfet de Région Guadeloupe. Auteur de bon nombre de décisions contestées : réquisition pour la fourniture d’eau ;, « les chiens aboient, la caravane passe !, c’est de lui ; état d’urgence… etc.

[4] Un arrêté du 29 germinal an IX(19 avril 1801) , nomma : capitaine-général, le contre-amiral Lacrosse; préfet colonial, le conseiller-d’état Lescalier ; et commissaire de justice, un ancien magistrat, M. Coster.

[5] Auteur d’une brochure intitulée : «  Essai sur les Colonies »…, in EE.BP.

[6] Op. cit., EE. Boyer-Peyreleau, tome 3, pages 71-73. Ce passage est tiré du Livre Neuvième du tome 3 et qui s’intéresse aux « Événements qui se succèdent à la Guadeloupe pendant l’année 1801 ».

[7] Trad. française : « Ho ! Ho ! Tu m’étrangle, dis ! », un peu à la manière de Ti Fabrice (voir album du comique du Raizet-PàP).

De la « démogachie » française

Le système dit démocratique est instauré en France dans la dynamique de la Révolution française de 1789, après élimination progressive de la monarchie. Aujourd’hui, cela paraît un acquis définitif alors même qu’il s’agit d’une lutte quasi ininterrompue entre une aristocratie revancharde et une oligarchie bourgeoise qui ne cesse de renouveler ses apparences. La venue de la pandémie de Coronavirus a-t-elle changé les choses ? Au regard de nos observations actuelles l’institution présidentielle sert-elle le développement de la démocratie en France ?

Un Président qui dit …

Emmanuel Macron prend la parole et donne des directives générales concernant le Covid-19. Le citoyen Français, lors de ses prises de parole, se trouve dans la situation  d’un membre d’une grande famille à qui le pater familia, décline sa volonté, la direction à suivre, la conduite à tenir, voire les sanctions susceptibles de vous menacer, etc. Il est surprenant d’entendre le « Nous sommes en guerre !  » à un Peuple qui n’a déclaré la guerre à personne. La pandémie est une chose, la guerre, une autre. L’effet recherché (mobilisation des esprits !) masque un paternalisme étonnant sur le parcours d’un si jeune homme. En fait, la situation coloniale de la Guadeloupe nous a habitué à ce genre de comportement qui est intrinsèque au système implanté dans les pays dominés. Qu’est-ce à dire alors en France, 5e puissance mondiale, guide de la construction européenne ? Ce qui nous importe ici ce ne sont les richesses accumulées lors de l’exploitation des colonies, ou même la puissance héritée des rapports de domination  envers des Peuples de multiples fois plus nombreux que les Français. Ce qui nous intéresse ici, c’est le rapport au Peuple, au Peuple de France !  Nous ne voyons pas en quoi la pandémie autorise un comportement familial chez celui qui a été élu au suffrage universel pat les Français. Cette forme de représentation du Peuple est loin d’être démocratique. Il n’est pas étonnant que les maires, en particulier, se soient trouvés quasiment démunis, dans ce contexte de guerre, contre la famille. Un système mafieux n’aurait pas mieux engendré.

Ceci étant nous pensons que l’exploitation éhontée des colonies modernes portent en elle une perversion inéluctable de la source même qui la produit. Cette source c’est la bourgeoisie occidentale, la bourgeoisie française, en l’occurrence, cette classe dont E. Macron est le pur et digne fils légitime. Classe donc qui se nourrit du capitalisme, système qui dans sa phase impérialiste, condamne les Peuples des pays dominateurs et exploiteurs, à voir se retourner contre eux, les pires méfaits de l’exploitation de l’homme par l’homme, mais surtout à subir, comme par un effet boomerang, les comportements abusifs, méprisants, voire des atrocités expérimentées au dépend des Peuples colonisés.

La dite démocratie, bourgeoise et sous sa forme capitaliste, s’avère totalement un leurre de représentation du Peuple. Seulement, les colonies l’ont expérimentée, disons en vrai. Dans des situations critiques, telle la pandémie de Coronavirus, au sein des Etats dominateurs, l’on s’aperçoit que le système est tel qu’en lui-même il ne peut qu’être : une démogâchie !

 



démogâchie = le démos est responsable de ce qui lui arrive, infantilisation des citoyens, impréparation, décision inappropriée, gâchie, alimenter des débats infructueux afin de dissoudre la conscience dans l’impossibilité de conclure à un moment déterminé dans le « bon sens »….

 

 

 

COVID-19 … Kay ni ? (4)

« Et les Espagnols ne s’étaient pas encore dressés contre nous que tout d’abord s’est produit une grande maladie, une maladie pustuleuse. Elle a répandu sur nous une grande dévastation. Certains, elle les a bien recouverts, partout elle s’est répandue sur le visage des gens, sur la tête des gens, sur la poitrine des gens, etc. Ce fut une grande ruine, de très nombreuses personnes en sont mortes. Elles ne pouvaient plus se promener, elles se tenaient uniquement sur leur estrade, sur leur lit. Elles ne pouvaient plus bouger, elles ne pouvaient plus se remuer, elles ne pouvaient plus s’agiter, elles ne pouvaient plus se retourner sur le côté, elles ne pouvaient plus s’allonger sur le ventre, elles ne pouvaient plus s’allonger sur le dos. Et lorsqu’elles se remuaient, elles jetaient de grands cris. Ce fut une grande ruine. On était recouvert, comme enveloppé de lèpre à pustules. De nombreux hommes alors sont morts de cela et de très nombreux autres sont tout simplement morts de faim, ils sont morts de faim ; plus personne ne prenait soin des autres, plus personne ne faisait rien pour les autres.»[1]

Tel est rapporté le récit d’un Mexicain par l’un des nombreux chroniqueurs du XVIe siècle qui se sont penchés sur les questions sanitaires à l’époque des conquistadors. Les victimes de la variole en particulier sont nombreuses : la population est estimée à 25 millions en 1519 au Mexique, et à 1 million en 1605[2].

Je pense que nous sommes au cœur du débat. L’auteure de la thèse qui nous intéresse ici ne compte pas moins de 13 séquences épidémiologiques graves au Mexique entre 1520 et 1596. Soit quasiment une pandémie tous les 6 ans.

En Guadeloupe, le père Jean-Baptiste Dutertre décrivant l’état sanitaire chez les Kalinya nous révèle que : « Ils appréhendent surtout la petite vérole, parce que ne sachant pas les moyens d’y remédier, elle fait assez souvent des ravages parmi eux, que la peste en fait dans l’Europe : mais il y a fort peu parmi eux qui en sont marqués, c’est que la plupart en meurent. (…) Ils sont aussi quelquefois particulièrement (…) travaillé de fièvres (…) d’un certain mal des yeux (…) et l’Epian, qui est la véritable vérole (…) ne les quitte presque jamais (…) Ils sont surtout sujets à des certains clous qui leur viennent aux fesses, et autour des cuisses, qui ne sont pour l’ordinaire que des fleurs de la vérole.»[3]

Enfin, c’est le Dr Rosan Girard qui nous signale que dans les années 1940-1950, la situation sanitaire de la population est si déplorable en Guadeloupe que le médecin devient, par la force des choses, militant. Il sera, aux côtés de l’ouvrier Sabin Ducadosse, l’un des fondateurs du mouvement communiste en Guadeloupe, en 1944.[4]

Parlons donc du débat ! Chloroquine ou pas chloroquine ! Voyons !

Il existe, disent tous les spécialistes, plusieurs molécules associées ou pas à des antibiotiques qui sont testées, voire simplement administrées à des patients, en vue de faire face au Coronavirus. Pratiquement, tout le monde est en phase expérimentale. Or, le débat dont il et question semble catégorique, entre, il faut donner de la chloroquine, ou il ne faut pas en donner, aux malades. Le gouvernement s’entête même à sortir un décret qui spécifie : « l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile.»[5]

Si la quinine qui nous a été prescrite vers 1955, est utilisée depuis la nuit des temps par les populations amérindiennes contre les infections virales, comment peut-on se demander devant les dégâts causés par Covid-19, s’il faut ou pas user d’un substitut dite chloroquine, et d’une molécule d’hydroxychloroquine, héritières de cette quinine ? Hormis des questions de dosage, l’expérience de la mondialisation a déjà apporté une réponse.

L’histoire de la Caraïbe et des Amériques porte la conscience de la mondialisation actuelle et répond positivement.

Pour nous le débat est clos !

Concluons simplement que les historiens ont trop souvent mis en exergue « l’avantage du fer sur la pierre, des canons et des armes à feu sur les arcs et les flèches, la terreur des Indiens face aux chevaux qu’ils n’avaient jamais vus auparavant »[6], en négligeant le fait indéniable que « les Espagnols ont disposé d’un allié de taille auquel les historiens n’ont en général pas donné suffisamment de crédit, à savoir la maladie.»[7] Les Amérindiens « furent victimes d’un ennemi invisible que les Espagnols transportaient dans leur souffle et dans leur sang. »[8]

Toutefois, nous notons qu’« Une étude sur l’évolution génétique de la bactérie responsable de la syphilis accrédite la thèse d’un agent infectieux rapporté d’Amérique en Europe par les expéditions de Christophe Colomb.»[9] La première manifestation de cette maladie « américaine » date de mars 1493, au sud de l’Espagne, au retour de C. Colomb. Donc sur le front des maladies, la Caraïbe et les Amériques ont perdu la bataille face à l’Europe. Ce pourrait-il que ce soit tout le temps pareil ? Pas sûr !

 

Notes ___________________________________

[1] SAHAGUN, B. De, Historia general de las cosas de Nueva España, l. XII, chap. XXIX,1570 ; Edité par Pedro Robredo, Mexico, 1938..…In Mme Nathalie PINJON–BROWN, Choc et échange épidémiologique : Espagnols et Indiens au Mexique(1520-1596),Thèse de doctorat, Sorbonne, Paris IV, 2006. page 9.

[2] BORAH, W. et COOK, S.F., The aboriginal population of Central Mexico on the eve of the Spanish conquest. Berkeley, 1963. In Idem. page 479.

[3] Jean-Baptiste Dutertre, Histoire générale des Antilles habitées par les Français, Tome 2, Histoire naturelle, 1667 ; Ed ; Livres du Patrimoine, BNF…, page 408-412.

[4] R. Girard, Pour un sursaut guadeloupéen, Editions L’Harmattan, Paris, 2004, 260 pages.

[5] JORF n°0074 du 26 mars 2020, texte n° 31 ; Décret n° 2020-314 du 25 mars 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

[6] Op. cit., Mme Nathalie PINJON–BROWN… page 12.

[7] Idem.

[8] Internet, © Sputnik . Vitali Belooussov, …Top 5 des virus… (mis à jour 20:57 26.10.2018) URL courte 338.

[9] Internet, Paul Benkimoun, « Christophe Colomb a bien importé la syphilis d’Amérique », Publié le 15 janvier 2008 à 08h15, – Mis à jour le 15 janvier 2008 à 08h30 .

 

COVID-19… Kay ni ? (3)

Le territoire où je suis né et où j’habite en ce moment est situé dans la zone tropicale nord, formant « bannzil » dans l’archipel des Caraïbes. Ainsi nommé depuis 527 ans, suite au premier voyage effectué par le navigateur Christophe Colomb en 1492, au nom de la reine espagnole, Isabelle de Castille. Les « îles » furent nommées, les « peuples » furent nommés, les plantes, les animaux à la suite. L’Occident jetait alors sa rapacité sur des terres, des hommes, des richesses du « Nouveau Monde ». La question ne se posait point de savoir quelles seraient les conséquences d’un tel acte ? Absolument pas. Le conquérant ne se préoccupe que du bénéfice de ses conquêtes. Toutefois, le solde de ses actions est inscrit, dès le départ, dans la somme de ses rapines. Et, bien souvent, qu’il réalise ou pas son souhait le plus profond, il le matérialise dans les valeurs qu’il transmet à ses héritiers. Jusqu’à son quatrième voyage C. Colomb pensait avoir atteint l’Inde. Il ne saura jamais qu’il se trouvait face à un nouveau continent, nommé plus tard, Amérique. Il y aura les « Indes occidentales » et bien évidemment les « Indes orientales », car le Portugais Vasco de Gama (1498) double le Cap de Bonne Espérance et rejoint l’Inde, proprement dite. Le monde était ainsi créé par les Occidentaux. Telle est l’origine première des problèmes qui nous préoccupent actuellement sur cette terre.

Aussi, le débat en cours, en France, sur la stratégie à mettre en place contre le Coronavirus nous intéresse au plus haut point.

Les maladies infectieuses importées dans les îles de la Caraïbe et sur le continent au XVIe siècle par les Européens ont fait des milliers de victimes chez les Indios d’abord, pour cause, car les Taînos, Kalinya et autres Amérindiens ne connaissaient pas la variole, etc. La dure réalité sanitaire dans ces contrées lointaines (du point de vue de l’Europe occidentale) ne s’apparente aux yeux des diverses compagnies capitalistes qui y investissent, qu’à des difficultés naturelles pour exploiter les nombreuses richesses du sous-sol, de la faune et de la flore. L’expérience accumulée par les praticiens mis au service des populations immigrées (colons, engagés, esckaves), adossée à la connaissance usurpée auprès des chamanes et autres boyés a permis à la science médicale naissante (voire à la science tout court!) en Occident de connaître une brutale accélération entre la fin du XVIIIe et la fin du XXe siècle. Nos morts innombrables ont servi de terreau à la science médicale en Occident.

COVID-19… Kay ni ? (2)

L’évolution de la situation en Occident interpelle. Car, à l’instar de ce qui se passe en France, une polémique se développe autour de la stratégie à adopter face à la pandémie. Quelle est la question posée ? Que fallait-il faire ? Au fond toute la question se résume à ; Que fallait-il faire ? Mais, quand ? En décembre 2019… en janvier 2020… en février 2020… ou simplement vers le 20 mars 2020 ? Ou maintenant ?

Tout le monde s’accorde à comprendre que la réponse est relative au temps. Ajoutons qu’elle est relative également à l’espace. Toutes les réponses ne peuvent être valablesLes futues  à n’importe quel moment, en Chine, où tout a commencé, dit-on, en Italie, en Espagne, en France ou aux Etats-Unis. Soit !

En France, certains chercheurs, médecins ou autres pensent qu’il faut respecter le protocole scientifique qui préside à toute investigation médicale, même si les circonstances s’apparentent à celles d’une guerre contre un ennemi invisible. D’autres, disent que la situation actuelle, au 25 mars, exige que tous les moyens soient mis en oeuvre afin de porter secours aux malades.

Et donc, si l’on considère la situation actuelle, la dynamique Coronavirus Covid-19, se traduit en Occident en pandémie, rare et grave. Plus de 8.000 morts en Italie, plus de 4.000 en Espagne… plus 1.000 aux Etats-Unis, cela signifie que les gouvernants de ces Etats, et d’autres, se trouvent devant une catastrophe sanitaire. Aussi, toute politique sanitaire digne de ce nom voudrait que l’on mobilise l’ensemble des moyens disponibles.

Or, en France, une polémique fait toujours rage entre les tenants d’une stratégie dite scientifique, et ceux d’une stratégie de la bagarre à tous les niveaux. D’un côté, on s’aperçoit que les uns disent, au fond, il y aura des morts, par manque de chance, et c’est normal, naturel, car la science ne permet pas, pour le moment, de les sauver. Les futurs malchanceux seront principalement les plus âgés, les malades affectés par le Coronavirus qui ont plus de 60 ans. Etre à l’aube de la troisième semaine de confinement et tenir un tel langage de la part d’une lauréate au Nobel de médecine et d’autres spécialistes en infection peut paraître surprenant. De l’autre côté, l’on compte autant de scientifiques, médecins et autres spécialistes en virologie, qui s’insurgent contre le fait que les autorités gouvernementales limitent la prise du Plaquenil aux seuls cas les plus graves de l’infection au Coronavirus. Ils disent, au contraire, que c’est au début de l’infection qu’il faudrait administrer aux malades ce médicament. Ils font remarquer que la chloroquine, issue de la quinine, est prescrite depuis près de 70 ans à tous ceux qui envisagent de partir en Afrique ou dans des zones où sévit le paludisme. Toutefois, ils ne présentent que des études partielles élaborées à Wuhan et à Marseille. Nous en avons pris en 2007, à l’occasion d’un voyage au Bénin.

Bref, le débat prend de l’ampleur, car toutes les chaines de télévision et de radio en parlent, interrogent les spécialistes, comme sommés de prendre position.

Il m’est venu à l’esprit de me demander ce que signifie un tel débat pour un Guadeloupéen, un Caribéen ?

Je vous soumets cette préoccupation… et vous propose de répondre tantôt.

A bientôt !

COVID-19… Kay ni? (1)

Nous sommes face à une pandémie dont le principal agent est un Coronavirus, de type Covid-19. Beaucoup d’avis sont diffusés sur la nature et l’origine de cette pandémie, ainsi qu’en ce qui concerne le/les modes de lutte contre elle.

Certains gouvernements (Chine, Taîwan, Corée du Sud…) ont choisi un traitement par dépistage et contrôle intégral, suivi de l’isolement des personnes malades et/ou porteuses positives. Les résultats semblent prometteurs, car le nombre de contaminés a baissé sur une période d’environ 3 mois. La réduction du champ d’expansion du virus semble assurer une relative maitrise de la pandémie. Et, même lorsque les moyens sanitaires ont été auparavant limités, le choix de la méthode pour faire face à l’attaque virale s’avère adapté en la circonstance.

D’autres gouvernements, principalement européens (Italie, Espagne, France, RU…) ont adopté le mode du confinement par défaut. Cela veut dire qu’ils ont opté pour une solution à minima, tenant compte des dispositions que leur service de santé est prêt à assumer, et des conseils que des scientifiques leur ont suggérés. Le résultat est le suivant : ils agissent avec du retard sur l’expansion du virus, et se conforment strictement aux capacités de leur organisation sanitaire actuelle. Du coup, le raisonnement des responsables politiques au pouvoir s’apparente à un ajustement de la défense des personnes par rapport aux moyens qu’ils ont eux-mêmes réduits (toute les tendances politiques confondues).

A propos de ce second groupe de gouvernements, nous observons qu’il concerne des Etats qui ont adopté au cours des vingt dernières années des mesures drastiques au niveau de leur service public, singulièrement en ce qui concerne la santé de leur population, plus précisément; la diminution des lits de soins intensifs(1). Ces dernières années étaient consacrées aux restrictions  budgétaires. De plus, certains responsables scientifiques, médecins et autres ont dû considérer, à la suite de l’épisode H5N1, que l’Occident étaient prémuni contre ces pandémies, et que  seule l’Afrique (cf. Ébola…), restait susceptible, dans les temps de la mondialisation d’abriter ces imprévisibles désagréments de santé.

Eh ben, Non !

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(1)Internet / Jean-Dominique Michel (anthropologue Suisse)

« COVID-19 : FIN DE PARTIE ? » (mercredi 18 mars 2020, 10h42)