De la « démogachie » française

Le système dit démocratique est instauré en France dans la dynamique de la Révolution française de 1789, après élimination progressive de la monarchie. Aujourd’hui, cela paraît un acquis définitif alors même qu’il s’agit d’une lutte quasi ininterrompue entre une aristocratie revancharde et une oligarchie bourgeoise qui ne cesse de renouveler ses apparences. La venue de la pandémie de Coronavirus a-t-elle changé les choses ? Au regard de nos observations actuelles l’institution présidentielle sert-elle le développement de la démocratie en France ?

Un Président qui dit …

Emmanuel Macron prend la parole et donne des directives générales concernant le Covid-19. Le citoyen Français, lors de ses prises de parole, se trouve dans la situation  d’un membre d’une grande famille à qui le pater familia, décline sa volonté, la direction à suivre, la conduite à tenir, voire les sanctions susceptibles de vous menacer, etc. Il est surprenant d’entendre le « Nous sommes en guerre !  » à un Peuple qui n’a déclaré la guerre à personne. La pandémie est une chose, la guerre, une autre. L’effet recherché (mobilisation des esprits !) masque un paternalisme étonnant sur le parcours d’un si jeune homme. En fait, la situation coloniale de la Guadeloupe nous a habitué à ce genre de comportement qui est intrinsèque au système implanté dans les pays dominés. Qu’est-ce à dire alors en France, 5e puissance mondiale, guide de la construction européenne ? Ce qui nous importe ici ce ne sont les richesses accumulées lors de l’exploitation des colonies, ou même la puissance héritée des rapports de domination  envers des Peuples de multiples fois plus nombreux que les Français. Ce qui nous intéresse ici, c’est le rapport au Peuple, au Peuple de France !  Nous ne voyons pas en quoi la pandémie autorise un comportement familial chez celui qui a été élu au suffrage universel pat les Français. Cette forme de représentation du Peuple est loin d’être démocratique. Il n’est pas étonnant que les maires, en particulier, se soient trouvés quasiment démunis, dans ce contexte de guerre, contre la famille. Un système mafieux n’aurait pas mieux engendré.

Ceci étant nous pensons que l’exploitation éhontée des colonies modernes portent en elle une perversion inéluctable de la source même qui la produit. Cette source c’est la bourgeoisie occidentale, la bourgeoisie française, en l’occurrence, cette classe dont E. Macron est le pur et digne fils légitime. Classe donc qui se nourrit du capitalisme, système qui dans sa phase impérialiste, condamne les Peuples des pays dominateurs et exploiteurs, à voir se retourner contre eux, les pires méfaits de l’exploitation de l’homme par l’homme, mais surtout à subir, comme par un effet boomerang, les comportements abusifs, méprisants, voire des atrocités expérimentées au dépend des Peuples colonisés.

La dite démocratie, bourgeoise et sous sa forme capitaliste, s’avère totalement un leurre de représentation du Peuple. Seulement, les colonies l’ont expérimentée, disons en vrai. Dans des situations critiques, telle la pandémie de Coronavirus, au sein des Etats dominateurs, l’on s’aperçoit que le système est tel qu’en lui-même il ne peut qu’être : une démogâchie !

 



démogâchie = le démos est responsable de ce qui lui arrive, infantilisation des citoyens, impréparation, décision inappropriée, gâchie, alimenter des débats infructueux afin de dissoudre la conscience dans l’impossibilité de conclure à un moment déterminé dans le « bon sens »….

 

 

 

COVID-19 … Kay ni ? (4)

« Et les Espagnols ne s’étaient pas encore dressés contre nous que tout d’abord s’est produit une grande maladie, une maladie pustuleuse. Elle a répandu sur nous une grande dévastation. Certains, elle les a bien recouverts, partout elle s’est répandue sur le visage des gens, sur la tête des gens, sur la poitrine des gens, etc. Ce fut une grande ruine, de très nombreuses personnes en sont mortes. Elles ne pouvaient plus se promener, elles se tenaient uniquement sur leur estrade, sur leur lit. Elles ne pouvaient plus bouger, elles ne pouvaient plus se remuer, elles ne pouvaient plus s’agiter, elles ne pouvaient plus se retourner sur le côté, elles ne pouvaient plus s’allonger sur le ventre, elles ne pouvaient plus s’allonger sur le dos. Et lorsqu’elles se remuaient, elles jetaient de grands cris. Ce fut une grande ruine. On était recouvert, comme enveloppé de lèpre à pustules. De nombreux hommes alors sont morts de cela et de très nombreux autres sont tout simplement morts de faim, ils sont morts de faim ; plus personne ne prenait soin des autres, plus personne ne faisait rien pour les autres.»[1]

Tel est rapporté le récit d’un Mexicain par l’un des nombreux chroniqueurs du XVIe siècle qui se sont penchés sur les questions sanitaires à l’époque des conquistadors. Les victimes de la variole en particulier sont nombreuses : la population est estimée à 25 millions en 1519 au Mexique, et à 1 million en 1605[2].

Je pense que nous sommes au cœur du débat. L’auteure de la thèse qui nous intéresse ici ne compte pas moins de 13 séquences épidémiologiques graves au Mexique entre 1520 et 1596. Soit quasiment une pandémie tous les 6 ans.

En Guadeloupe, le père Jean-Baptiste Dutertre décrivant l’état sanitaire chez les Kalinya nous révèle que : « Ils appréhendent surtout la petite vérole, parce que ne sachant pas les moyens d’y remédier, elle fait assez souvent des ravages parmi eux, que la peste en fait dans l’Europe : mais il y a fort peu parmi eux qui en sont marqués, c’est que la plupart en meurent. (…) Ils sont aussi quelquefois particulièrement (…) travaillé de fièvres (…) d’un certain mal des yeux (…) et l’Epian, qui est la véritable vérole (…) ne les quitte presque jamais (…) Ils sont surtout sujets à des certains clous qui leur viennent aux fesses, et autour des cuisses, qui ne sont pour l’ordinaire que des fleurs de la vérole.»[3]

Enfin, c’est le Dr Rosan Girard qui nous signale que dans les années 1940-1950, la situation sanitaire de la population est si déplorable en Guadeloupe que le médecin devient, par la force des choses, militant. Il sera, aux côtés de l’ouvrier Sabin Ducadosse, l’un des fondateurs du mouvement communiste en Guadeloupe, en 1944.[4]

Parlons donc du débat ! Chloroquine ou pas chloroquine ! Voyons !

Il existe, disent tous les spécialistes, plusieurs molécules associées ou pas à des antibiotiques qui sont testées, voire simplement administrées à des patients, en vue de faire face au Coronavirus. Pratiquement, tout le monde est en phase expérimentale. Or, le débat dont il et question semble catégorique, entre, il faut donner de la chloroquine, ou il ne faut pas en donner, aux malades. Le gouvernement s’entête même à sortir un décret qui spécifie : « l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile.»[5]

Si la quinine qui nous a été prescrite vers 1955, est utilisée depuis la nuit des temps par les populations amérindiennes contre les infections virales, comment peut-on se demander devant les dégâts causés par Covid-19, s’il faut ou pas user d’un substitut dite chloroquine, et d’une molécule d’hydroxychloroquine, héritières de cette quinine ? Hormis des questions de dosage, l’expérience de la mondialisation a déjà apporté une réponse.

L’histoire de la Caraïbe et des Amériques porte la conscience de la mondialisation actuelle et répond positivement.

Pour nous le débat est clos !

Concluons simplement que les historiens ont trop souvent mis en exergue « l’avantage du fer sur la pierre, des canons et des armes à feu sur les arcs et les flèches, la terreur des Indiens face aux chevaux qu’ils n’avaient jamais vus auparavant »[6], en négligeant le fait indéniable que « les Espagnols ont disposé d’un allié de taille auquel les historiens n’ont en général pas donné suffisamment de crédit, à savoir la maladie.»[7] Les Amérindiens « furent victimes d’un ennemi invisible que les Espagnols transportaient dans leur souffle et dans leur sang. »[8]

Toutefois, nous notons qu’« Une étude sur l’évolution génétique de la bactérie responsable de la syphilis accrédite la thèse d’un agent infectieux rapporté d’Amérique en Europe par les expéditions de Christophe Colomb.»[9] La première manifestation de cette maladie « américaine » date de mars 1493, au sud de l’Espagne, au retour de C. Colomb. Donc sur le front des maladies, la Caraïbe et les Amériques ont perdu la bataille face à l’Europe. Ce pourrait-il que ce soit tout le temps pareil ? Pas sûr !

 

Notes ___________________________________

[1] SAHAGUN, B. De, Historia general de las cosas de Nueva España, l. XII, chap. XXIX,1570 ; Edité par Pedro Robredo, Mexico, 1938..…In Mme Nathalie PINJON–BROWN, Choc et échange épidémiologique : Espagnols et Indiens au Mexique(1520-1596),Thèse de doctorat, Sorbonne, Paris IV, 2006. page 9.

[2] BORAH, W. et COOK, S.F., The aboriginal population of Central Mexico on the eve of the Spanish conquest. Berkeley, 1963. In Idem. page 479.

[3] Jean-Baptiste Dutertre, Histoire générale des Antilles habitées par les Français, Tome 2, Histoire naturelle, 1667 ; Ed ; Livres du Patrimoine, BNF…, page 408-412.

[4] R. Girard, Pour un sursaut guadeloupéen, Editions L’Harmattan, Paris, 2004, 260 pages.

[5] JORF n°0074 du 26 mars 2020, texte n° 31 ; Décret n° 2020-314 du 25 mars 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

[6] Op. cit., Mme Nathalie PINJON–BROWN… page 12.

[7] Idem.

[8] Internet, © Sputnik . Vitali Belooussov, …Top 5 des virus… (mis à jour 20:57 26.10.2018) URL courte 338.

[9] Internet, Paul Benkimoun, « Christophe Colomb a bien importé la syphilis d’Amérique », Publié le 15 janvier 2008 à 08h15, – Mis à jour le 15 janvier 2008 à 08h30 .

 

COVID-19… Kay ni ? (3)

Le territoire où je suis né et où j’habite en ce moment est situé dans la zone tropicale nord, formant « bannzil » dans l’archipel des Caraïbes. Ainsi nommé depuis 527 ans, suite au premier voyage effectué par le navigateur Christophe Colomb en 1492, au nom de la reine espagnole, Isabelle de Castille. Les « îles » furent nommées, les « peuples » furent nommés, les plantes, les animaux à la suite. L’Occident jetait alors sa rapacité sur des terres, des hommes, des richesses du « Nouveau Monde ». La question ne se posait point de savoir quelles seraient les conséquences d’un tel acte ? Absolument pas. Le conquérant ne se préoccupe que du bénéfice de ses conquêtes. Toutefois, le solde de ses actions est inscrit, dès le départ, dans la somme de ses rapines. Et, bien souvent, qu’il réalise ou pas son souhait le plus profond, il le matérialise dans les valeurs qu’il transmet à ses héritiers. Jusqu’à son quatrième voyage C. Colomb pensait avoir atteint l’Inde. Il ne saura jamais qu’il se trouvait face à un nouveau continent, nommé plus tard, Amérique. Il y aura les « Indes occidentales » et bien évidemment les « Indes orientales », car le Portugais Vasco de Gama (1498) double le Cap de Bonne Espérance et rejoint l’Inde, proprement dite. Le monde était ainsi créé par les Occidentaux. Telle est l’origine première des problèmes qui nous préoccupent actuellement sur cette terre.

Aussi, le débat en cours, en France, sur la stratégie à mettre en place contre le Coronavirus nous intéresse au plus haut point.

Les maladies infectieuses importées dans les îles de la Caraïbe et sur le continent au XVIe siècle par les Européens ont fait des milliers de victimes chez les Indios d’abord, pour cause, car les Taînos, Kalinya et autres Amérindiens ne connaissaient pas la variole, etc. La dure réalité sanitaire dans ces contrées lointaines (du point de vue de l’Europe occidentale) ne s’apparente aux yeux des diverses compagnies capitalistes qui y investissent, qu’à des difficultés naturelles pour exploiter les nombreuses richesses du sous-sol, de la faune et de la flore. L’expérience accumulée par les praticiens mis au service des populations immigrées (colons, engagés, esckaves), adossée à la connaissance usurpée auprès des chamanes et autres boyés a permis à la science médicale naissante (voire à la science tout court!) en Occident de connaître une brutale accélération entre la fin du XVIIIe et la fin du XXe siècle. Nos morts innombrables ont servi de terreau à la science médicale en Occident.

COVID-19… Kay ni ? (2)

L’évolution de la situation en Occident interpelle. Car, à l’instar de ce qui se passe en France, une polémique se développe autour de la stratégie à adopter face à la pandémie. Quelle est la question posée ? Que fallait-il faire ? Au fond toute la question se résume à ; Que fallait-il faire ? Mais, quand ? En décembre 2019… en janvier 2020… en février 2020… ou simplement vers le 20 mars 2020 ? Ou maintenant ?

Tout le monde s’accorde à comprendre que la réponse est relative au temps. Ajoutons qu’elle est relative également à l’espace. Toutes les réponses ne peuvent être valablesLes futues  à n’importe quel moment, en Chine, où tout a commencé, dit-on, en Italie, en Espagne, en France ou aux Etats-Unis. Soit !

En France, certains chercheurs, médecins ou autres pensent qu’il faut respecter le protocole scientifique qui préside à toute investigation médicale, même si les circonstances s’apparentent à celles d’une guerre contre un ennemi invisible. D’autres, disent que la situation actuelle, au 25 mars, exige que tous les moyens soient mis en oeuvre afin de porter secours aux malades.

Et donc, si l’on considère la situation actuelle, la dynamique Coronavirus Covid-19, se traduit en Occident en pandémie, rare et grave. Plus de 8.000 morts en Italie, plus de 4.000 en Espagne… plus 1.000 aux Etats-Unis, cela signifie que les gouvernants de ces Etats, et d’autres, se trouvent devant une catastrophe sanitaire. Aussi, toute politique sanitaire digne de ce nom voudrait que l’on mobilise l’ensemble des moyens disponibles.

Or, en France, une polémique fait toujours rage entre les tenants d’une stratégie dite scientifique, et ceux d’une stratégie de la bagarre à tous les niveaux. D’un côté, on s’aperçoit que les uns disent, au fond, il y aura des morts, par manque de chance, et c’est normal, naturel, car la science ne permet pas, pour le moment, de les sauver. Les futurs malchanceux seront principalement les plus âgés, les malades affectés par le Coronavirus qui ont plus de 60 ans. Etre à l’aube de la troisième semaine de confinement et tenir un tel langage de la part d’une lauréate au Nobel de médecine et d’autres spécialistes en infection peut paraître surprenant. De l’autre côté, l’on compte autant de scientifiques, médecins et autres spécialistes en virologie, qui s’insurgent contre le fait que les autorités gouvernementales limitent la prise du Plaquenil aux seuls cas les plus graves de l’infection au Coronavirus. Ils disent, au contraire, que c’est au début de l’infection qu’il faudrait administrer aux malades ce médicament. Ils font remarquer que la chloroquine, issue de la quinine, est prescrite depuis près de 70 ans à tous ceux qui envisagent de partir en Afrique ou dans des zones où sévit le paludisme. Toutefois, ils ne présentent que des études partielles élaborées à Wuhan et à Marseille. Nous en avons pris en 2007, à l’occasion d’un voyage au Bénin.

Bref, le débat prend de l’ampleur, car toutes les chaines de télévision et de radio en parlent, interrogent les spécialistes, comme sommés de prendre position.

Il m’est venu à l’esprit de me demander ce que signifie un tel débat pour un Guadeloupéen, un Caribéen ?

Je vous soumets cette préoccupation… et vous propose de répondre tantôt.

A bientôt !

COVID-19… Kay ni? (1)

Nous sommes face à une pandémie dont le principal agent est un Coronavirus, de type Covid-19. Beaucoup d’avis sont diffusés sur la nature et l’origine de cette pandémie, ainsi qu’en ce qui concerne le/les modes de lutte contre elle.

Certains gouvernements (Chine, Taîwan, Corée du Sud…) ont choisi un traitement par dépistage et contrôle intégral, suivi de l’isolement des personnes malades et/ou porteuses positives. Les résultats semblent prometteurs, car le nombre de contaminés a baissé sur une période d’environ 3 mois. La réduction du champ d’expansion du virus semble assurer une relative maitrise de la pandémie. Et, même lorsque les moyens sanitaires ont été auparavant limités, le choix de la méthode pour faire face à l’attaque virale s’avère adapté en la circonstance.

D’autres gouvernements, principalement européens (Italie, Espagne, France, RU…) ont adopté le mode du confinement par défaut. Cela veut dire qu’ils ont opté pour une solution à minima, tenant compte des dispositions que leur service de santé est prêt à assumer, et des conseils que des scientifiques leur ont suggérés. Le résultat est le suivant : ils agissent avec du retard sur l’expansion du virus, et se conforment strictement aux capacités de leur organisation sanitaire actuelle. Du coup, le raisonnement des responsables politiques au pouvoir s’apparente à un ajustement de la défense des personnes par rapport aux moyens qu’ils ont eux-mêmes réduits (toute les tendances politiques confondues).

A propos de ce second groupe de gouvernements, nous observons qu’il concerne des Etats qui ont adopté au cours des vingt dernières années des mesures drastiques au niveau de leur service public, singulièrement en ce qui concerne la santé de leur population, plus précisément; la diminution des lits de soins intensifs(1). Ces dernières années étaient consacrées aux restrictions  budgétaires. De plus, certains responsables scientifiques, médecins et autres ont dû considérer, à la suite de l’épisode H5N1, que l’Occident étaient prémuni contre ces pandémies, et que  seule l’Afrique (cf. Ébola…), restait susceptible, dans les temps de la mondialisation d’abriter ces imprévisibles désagréments de santé.

Eh ben, Non !

)))))))))))))))))))))))))))))))))))))

(1)Internet / Jean-Dominique Michel (anthropologue Suisse)

« COVID-19 : FIN DE PARTIE ? » (mercredi 18 mars 2020, 10h42)

 

 

Pourquoi le livre sur « l’évolution d’un grand domaine sucrier dans la Caraïbe »…

Hello ! Tous !

Mon dernier livre sur Beauport, un petit coin du territoire de la Grande-Terre en Guadeloupe, traite en somme, de l’exploitation d’une habitation peu étendue (à peine 70 ha); sa capacité a capter l’intérêt d’un médecin de St Gaudens (SO de la France) en 1836,  lui a procuré une grande influence sur ses voisines.

C’est avec l’arrivée des Bordelais, en 1908, qu’elle atteindra après une vingtaine d’années d’exploitation, sa capacité maximale, à peu près soutenue, jusque vers 1981.

Aujourd’hui, l’habitation n’existe plus. Le site d’à peine 4 ha où loge « Le Pays de la Canne »(sorte de musée à ciel ouvert !) est figée dans une posture nostalgique…. il mérite certainement mieux !

J’espère que ce livre excitera la créativité chez le nouvel administrateur… !

Évolution de la question de la terre en Guadeloupe à l’époque contemporaine

Les problèmes posés à Daubin, ouest de la commune de Sainte – Rose, en Guadeloupe sont récurrents. Il ne s’agit pas du tout de faits nouveaux. Depuis la seconde abolition de l’esclavage de 1848, la mise en valeur des terres agricoles repose sur un postulat : les Nègres, « nouveaux libres » ne sont pas propriétaires de terres, car ils subissaient le joug de la servitude. Une minorité de personnes d’origine caucasienne détiennent la grande majorité des terres. Entre 1865 et 1908, des domaines de plusieurs milliers d’hectares vont se constituer sur les dépouilles des anciennes habitations, qui se peuvent échapper à la rapacité des sociétés anonymes qui se forment en vue de la construction des usines centrales.

Cette évolution qui jette les balises de la question foncière en Guadeloupe fait apparaître de nouveaux problèmes :

– Quels rapports sociaux entre les actionnaires lointains et anonymes (Paris, Bordeaux, Nantes, Marseille…) et les milliers d’agriculteurs qui sillonnent les champs de « nouveaux maîtres », à la recherche d’une journée de travail, équivalent à une bouchée de pain, pour assurer la nourriture d’une nombreuse famille.

– Quel contrat lie les « nouveaux colons » (cette fois ils sont Noirs et pas Blancs !) avec le propriétaire du domaine (qui est naturellement Blanc !) ?

– Que veut l’État républicain devant une telle évolution ?

*

I – Entre la décennie 1860 et les années 1930, la quasi totalité des domaines sucriers en Guadeloupe passe aux mains de capitalistes métropolitains ou Békés (Blancs Martiniquais !). Toutes les meilleures terres agricoles de la Grande – Terre (nord, centre, sud-ouest…) et celles du nord Base – Terre deviennent à la suite de nombreuses opérations de vente aux enchères publiques, la propriété d’investisseurs étrangers au pays. Évidemment, les anciens propriétaires s’étant endettés pour tenter de garder à flot des biens familiaux, s’écroulent, en particulier après les trois grandes crises sucrières internationales, entre les années 1882 et 1901. Les créanciers d’abord, mais aussi de nombreux investisseurs désireux de faire fructifier leurs avoirs aux colonies, n’hésitent pas à saisir les opportunités qui s’offrent à eux, notamment à partir de la fin du XIXe siècle.

En Guadeloupe, on assiste à ce moment-là à un basculement de la mutation foncière : elle se fait dorénavant, principalement, vers l’extérieur.

Cette situation particulière, dès les débuts du XXe siècle, élargie la césure béante qui marque la société guadeloupéenne au lendemain de l’abolition de l’esclavage. Des mouvements sociaux « nouveaux » : grèves en 1902, en 1910, pour les plus importantes, sont enregistrés. Les revendications des travailleurs agricoles portent sur les salaires journaliers (coupe de canne, attacheuse…) et le prix de la tonne de canne pour les colons.

Ces mouvements sociaux vont rythmer les récoltes de canne. Parfois, ils sont stoppés dans le sang, par des balles assassines. En février 1925, sur le site de l’usine Duval, à Petit – Canal, ce furent pas moins de 6 morts qui sont relevés.

Les revendications des ouvriers agricoles sont souvent associées à celles réclamées par les colons, car la multi – activité est le lot de la plupart des petits fils des anciens esclaves.

C’est, sans conteste, le contrat de colonat qui présente le plus de disparités dans les rapport s entre travailleurs agricoles et propriétaires usiniers.

Les colons obtiennent de la bonne volonté des propriétaires une parcelle de terre (entre moins d’un hectare à 3, voire 4 hectares, pas plus !). Ils ont l’obligation de produire de la canne. Elle est vendue à l’usinier-propriétaire qui prélève sur la production fournie jusqu’à 25% du fruit du travail de celui qui aura signé (par une croix !), un contrat dit de colonat. Ce type de rapport « nouveau » est au cœur de la dynamique sociale dans les campagnes guadeloupéennes au XXe siècle.

II – À la suite de la seconde guerre mondiale, l’influence communiste au sein du gouvernement de coalition modifie la perception du pouvoir central, ne serait – ce que sur le plan de la responsabilité de l’État.

Dès les années 1946-1950, la volonté gouvernementale stigmatise le déséquilibre qui existe dans les campagnes, et les préfets, qui ont remplacé les gouverneurs, ont pour instruction de rechercher la collaboration des usiniers afin que ceux – ci mettent, ne serait – ce que les plus mauvaises terres, à la disposition des cultivateurs désireux d’avoir un minimum d’autonomie, dans l’exploitation des parcelles qu’ils cultivent. Le pouvoir vise la constitution d’une couche de « paysans », afin de pacifier les campagnes secouées par de violents mouvements sociaux, le plus souvent mis sur le compte des communistes.

En 1961, la première réforme foncière est mise en route, suite à quelques opérations expérimentales tentées à Petit – canal, au Moule (dans le nord Grande – Terre), à Saint – François, Vieux – Habitants…. Ces opérations menées par des organismes officiels touchent quelques dizaines de travailleurs agricoles, et laissent des milliers d’entre-eux sous la coupe de la SAUB (société anonyme des usines de Beauport), basée à Port – Louis..

La dernière réforme foncière intervient entre 1978 et 1981, à la suite des plus importants mouvements sociaux (1971-1978) que connaissent les campagnes guadeloupéennes depuis l’abolition de l’esclavage de 1848.

III – Le temps du LKP (2009) fut celui d’une remise à plat de toutes les politiques publiques entreprises depuis 1848.

C’est ainsi que lors de la signature des Accords du 4 mars 2009, les points 140 à 143 concernent directement la maîtrise foncière, en particulier, la préservation de la surface agricole utile. Autour des 50 000 ha, celle – ci perd, tous les ans 1 millier d’hectares, en moyenne.

La tentative du gouvernement de supprimer entre 2008 et 2010, le contrat de colonat, au profit du contrat de fermage, crée des remous dans la zone de l’ouest de la commune de Sainte – Rose.

En effet, la CIACL (compagnie industrielle et agricole du Comté de Lohéac) dirigée par Hubert De Jaham (Béké !) propose la transformation des baux à colonat partiaire en baux de fermage, et surtout décide, avec la complicité de la direction des usines Gardel, de prélever à la source un pourcentage de la valeur des produits livrés à l’usine par les agriculteurs concernés. C’est le « HOLA !»  Une majorité d’entre eux s’y oppose, et d’ailleurs réclame à la société son titre de propriété. Quid !!!

Des petits – fils d’esclaves, sur les terres de Sainte – Rose, contestent la propriété foncière des grandes compagnies.

Ce qui est le plus curieux dans cette affaire, c’est que les tribunaux (tribunal des baux ruraux, TGI, Cour d’Appel, Cour de Cassation) ont entériné une situation de « pwofitasyon » manifeste puisque la société est incapable de présenter un titre de propriété, dans les formes légales prévues par la réglementation officielle. Pour contourner cet écueil, Hubert De Jaham fit établir, pour une trentaine d’hectares, une prescription trentenaire (datant de 2010 !… sic !), alors qu’il continue de revendiquer plus de 3 000 ha.

*

Le contact établi en janvier 2013, entre les agriculteurs concernés avec le LKP, jetèrent les bases d’une nouvelle perception de la question de la propriété foncière en Guadeloupe. Ainsi, le 5 mai 2016, quatre organismes, LAKOU-LKP, COSE, FONDATION F. FANON et UGTG, déposent auprès du TGI de Pointe-à-Pitre une requête, suivie de 2 QPC (question prioritaire de constitutionnalité), l’ensemble portant sur l’origine de la propriété foncière en Guadeloupe et par conséquent sur le décret d’avril 1848, suivi par la loi du 30 avril 1849.

Ces derniers ont fait rapidement l’objet d’une proposition de loi d’abrogation, sous l’égide du parlementaire Victorin Lurel, signe qu’il y a le feu dans la bergerie ! Au secours ! Les artifices juridiques sont mobilisés afin de pérenniser un système condamné …

Raymond GAMA, historien, Lapwent 29.06.2016