COVID-19 … Kay ni ? (4)

« Et les Espagnols ne s’étaient pas encore dressés contre nous que tout d’abord s’est produit une grande maladie, une maladie pustuleuse. Elle a répandu sur nous une grande dévastation. Certains, elle les a bien recouverts, partout elle s’est répandue sur le visage des gens, sur la tête des gens, sur la poitrine des gens, etc. Ce fut une grande ruine, de très nombreuses personnes en sont mortes. Elles ne pouvaient plus se promener, elles se tenaient uniquement sur leur estrade, sur leur lit. Elles ne pouvaient plus bouger, elles ne pouvaient plus se remuer, elles ne pouvaient plus s’agiter, elles ne pouvaient plus se retourner sur le côté, elles ne pouvaient plus s’allonger sur le ventre, elles ne pouvaient plus s’allonger sur le dos. Et lorsqu’elles se remuaient, elles jetaient de grands cris. Ce fut une grande ruine. On était recouvert, comme enveloppé de lèpre à pustules. De nombreux hommes alors sont morts de cela et de très nombreux autres sont tout simplement morts de faim, ils sont morts de faim ; plus personne ne prenait soin des autres, plus personne ne faisait rien pour les autres.»[1]

Tel est rapporté le récit d’un Mexicain par l’un des nombreux chroniqueurs du XVIe siècle qui se sont penchés sur les questions sanitaires à l’époque des conquistadors. Les victimes de la variole en particulier sont nombreuses : la population est estimée à 25 millions en 1519 au Mexique, et à 1 million en 1605[2].

Je pense que nous sommes au cœur du débat. L’auteure de la thèse qui nous intéresse ici ne compte pas moins de 13 séquences épidémiologiques graves au Mexique entre 1520 et 1596. Soit quasiment une pandémie tous les 6 ans.

En Guadeloupe, le père Jean-Baptiste Dutertre décrivant l’état sanitaire chez les Kalinya nous révèle que : « Ils appréhendent surtout la petite vérole, parce que ne sachant pas les moyens d’y remédier, elle fait assez souvent des ravages parmi eux, que la peste en fait dans l’Europe : mais il y a fort peu parmi eux qui en sont marqués, c’est que la plupart en meurent. (…) Ils sont aussi quelquefois particulièrement (…) travaillé de fièvres (…) d’un certain mal des yeux (…) et l’Epian, qui est la véritable vérole (…) ne les quitte presque jamais (…) Ils sont surtout sujets à des certains clous qui leur viennent aux fesses, et autour des cuisses, qui ne sont pour l’ordinaire que des fleurs de la vérole.»[3]

Enfin, c’est le Dr Rosan Girard qui nous signale que dans les années 1940-1950, la situation sanitaire de la population est si déplorable en Guadeloupe que le médecin devient, par la force des choses, militant. Il sera, aux côtés de l’ouvrier Sabin Ducadosse, l’un des fondateurs du mouvement communiste en Guadeloupe, en 1944.[4]

Parlons donc du débat ! Chloroquine ou pas chloroquine ! Voyons !

Il existe, disent tous les spécialistes, plusieurs molécules associées ou pas à des antibiotiques qui sont testées, voire simplement administrées à des patients, en vue de faire face au Coronavirus. Pratiquement, tout le monde est en phase expérimentale. Or, le débat dont il et question semble catégorique, entre, il faut donner de la chloroquine, ou il ne faut pas en donner, aux malades. Le gouvernement s’entête même à sortir un décret qui spécifie : « l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile.»[5]

Si la quinine qui nous a été prescrite vers 1955, est utilisée depuis la nuit des temps par les populations amérindiennes contre les infections virales, comment peut-on se demander devant les dégâts causés par Covid-19, s’il faut ou pas user d’un substitut dite chloroquine, et d’une molécule d’hydroxychloroquine, héritières de cette quinine ? Hormis des questions de dosage, l’expérience de la mondialisation a déjà apporté une réponse.

L’histoire de la Caraïbe et des Amériques porte la conscience de la mondialisation actuelle et répond positivement.

Pour nous le débat est clos !

Concluons simplement que les historiens ont trop souvent mis en exergue « l’avantage du fer sur la pierre, des canons et des armes à feu sur les arcs et les flèches, la terreur des Indiens face aux chevaux qu’ils n’avaient jamais vus auparavant »[6], en négligeant le fait indéniable que « les Espagnols ont disposé d’un allié de taille auquel les historiens n’ont en général pas donné suffisamment de crédit, à savoir la maladie.»[7] Les Amérindiens « furent victimes d’un ennemi invisible que les Espagnols transportaient dans leur souffle et dans leur sang. »[8]

Toutefois, nous notons qu’« Une étude sur l’évolution génétique de la bactérie responsable de la syphilis accrédite la thèse d’un agent infectieux rapporté d’Amérique en Europe par les expéditions de Christophe Colomb.»[9] La première manifestation de cette maladie « américaine » date de mars 1493, au sud de l’Espagne, au retour de C. Colomb. Donc sur le front des maladies, la Caraïbe et les Amériques ont perdu la bataille face à l’Europe. Ce pourrait-il que ce soit tout le temps pareil ? Pas sûr !

 

Notes ___________________________________

[1] SAHAGUN, B. De, Historia general de las cosas de Nueva España, l. XII, chap. XXIX,1570 ; Edité par Pedro Robredo, Mexico, 1938..…In Mme Nathalie PINJON–BROWN, Choc et échange épidémiologique : Espagnols et Indiens au Mexique(1520-1596),Thèse de doctorat, Sorbonne, Paris IV, 2006. page 9.

[2] BORAH, W. et COOK, S.F., The aboriginal population of Central Mexico on the eve of the Spanish conquest. Berkeley, 1963. In Idem. page 479.

[3] Jean-Baptiste Dutertre, Histoire générale des Antilles habitées par les Français, Tome 2, Histoire naturelle, 1667 ; Ed ; Livres du Patrimoine, BNF…, page 408-412.

[4] R. Girard, Pour un sursaut guadeloupéen, Editions L’Harmattan, Paris, 2004, 260 pages.

[5] JORF n°0074 du 26 mars 2020, texte n° 31 ; Décret n° 2020-314 du 25 mars 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

[6] Op. cit., Mme Nathalie PINJON–BROWN… page 12.

[7] Idem.

[8] Internet, © Sputnik . Vitali Belooussov, …Top 5 des virus… (mis à jour 20:57 26.10.2018) URL courte 338.

[9] Internet, Paul Benkimoun, « Christophe Colomb a bien importé la syphilis d’Amérique », Publié le 15 janvier 2008 à 08h15, – Mis à jour le 15 janvier 2008 à 08h30 .

 

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