« OUTRE-MER ! »: De l’ESCLAVE au CITOYEN-COLONISÉ…(9)

3 – Quel sens donner à la démarche citoyenne dans les « quatre vieilles colonies » et à Mayotte ? 

Nous avons pu dire que ce denier accès à la pleine citoyenneté, par l’assimilation, ne serait qu’un prolongement du processus post-esclavagiste de 1848. Mais, les transformations opérées dans le quotidien des gens, les améliorations substantielles au niveau de la santé, des déplacements, de l’éducation, etc…, ont-elles un impact sur la valeur des principes au nom desquelles ces améliorations sont faites ?

Certaines personnes considèrent ces apports comme fondamentaux dans leur existence. De là, elles bonifient les principes qu’elles reconnaissant comme étant à la base de l’amélioration de leur conditions de vie. La devise de la république, « Liberté-Égalité-Fraternité » est en conséquence vénérée puisqu’elle est le socle de la nouvelle condition qui leur est faite. En somme, c’est grâce à Schoelcher et à la république que les « nègres » sont « libres ». Mais, cette devise devrait-elle rester univoque ? La symphonie à laquelle elle invite serait-elle capable de supporter une interprétation atonale ? Telle est toute la question !

Du point de vue spatio-temporel, notre démonstration a voulu expliciter le fait qu’il faut voir dans les RDOM, voire les TOM et autres Collectivités OM, le prolongement de la métropole. L’Etat français qui personnifie cet être historique, s’enivre le plus souvent de sa puissance passé et sa diplomatie se conforte dans une vision idéale de ses capacités. Sans ces possessions d’outre-mer il n’y aurait probablement plus cette possibilité, dont les colonisateurs usent parfois jusqu’à l’absurde, à savoir littéralement, une perdition dans la confusion entre l’être de la mère-patrie et celui de la colonie enfantée au-delà des mers : la Guadeloupe, c’est la France !

En effet, la métropole crée des colonies au XVIIe siècle, mais trois siècles plus tard, elle métamorphose le procès. Sauf que c’est le discours qui remplace la réalité et déclare que ces colonies sont la France. C’est le phénomène dit de l’assimilation. Pas de place pour les colonisés. Seule la vision du métropolitain prime au bout du compte. Toute séparation, dans un tel cadre, s’avère extrêmement violente. Telle se résume la culture coloniale française au XXIe siècle.

Du point de vue des RDOM, nous assistons à la pérennisation d’un processus, celui d’une colonisation inaboutie. On a pu dire que l’assimilation de la colonie à la métropole était une utopie ! Soit. L’observation attentive de l’histoire des colonies modernes et contemporaines nous a appris que la colonisation, quand elle est assumée historiquement, ne présente aux protagonistes (métropole et colonie) qu’une alternative positive : la séparation de la colonie de sa métropole, c’est-à-dire, son émancipation vers la pleine souveraineté. Ni plus ni moins ! Il en est ainsi de cette création humaine donc historique.

Nous ne pouvons pas être, parfois à notre demande, des citoyens-colonisés, à perpétuité ! C’est de l’ordre anhistorique, quoique le poète de l’assimilation ait pu craindre, « une vieille misère pourrissant sous le soleil, silencieusement : un vieux silence crevant de pustules tièdes l’affreuse inanité de notre raison d’être. » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939).

Soyons dignes et responsables !

Partons ardemment vers notre futur !

IV – Petit lexique colonial (nommer des territoires colonisés)

Trop couramment, nous employons des termes qui, sous une apparente neutralité, nous immerge de sens colonialiste. Quelques uns d’entre eux sont repérés ici afin d’attirer notre attention concernant notre propre langage.

Métropole : nom féminin, d’origine grecque, métèr (mère), polis (ville)… : ville-mère. Traduit dans le langage courant le caractère paternaliste dans la relation coloniale, du pays colonisateur au pays colonisé. (cf. Dictionnaire Larousse)

Outre-Mer : adverbe, au-delà de la Mer, de la France… Expression globalisant la vision de l’ancien Empire colonial français (très usitée à partir de 1946).

___________________________

DOM : Département d’Outre-Mer… Validé par la loi dès 1795, sous le Directoire. Le terme ne prend tout son sens historiquement, qu’à l’époque contemporaine, lors du vote de la loi d’assimilation de 1946, faisant de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion des Départements.

ROM : Région d’Outre-Mer… Instituée par la loi de 1982 concernant la régionalisation. Les quatre DOM se trouvent dans une situation particulière, à savoir, qu’ils sont des territoires au statut bi-polaire : Département et Région se partage le même espace.

TOM : Territoire d’Outre-Mer : Collectivité de la République créée en 1946…(ex. Nouvelle Calédonie…)

CTOM : Collectivité d’Outre-Mer ; nom donné en 2003 aux TOM et à d’autres Collectivités nouvelles (ex : St Barthélémy, St Martin…) ayant choisi ce statut au sein de la République française, en vertu de la loi organique du 21 février 2007, « portant dispositions statutaires et institutionnelle relatives ) l’Outre-Mer ».

  • Régions Ultra-périphériques (RUP) : (Région) Collectivité de la République rattachée à l’UE (ex. St Martin…).
  • Pays et Territoires d’Outre-Mer (PTOM) : Collectivité associée et non rattachée à l’UE (ex : St Barthélémy …Jusqu’en 2007, cette Collectivité était une Commune de la Guadeloupe, partie d’une RUP ; elle est une RUP jusqu’en 2011, et donc PTOM à partir du 1er janvier 2012.

 *

Conclusion générale

Au début de la présente réflexion nous nous sommes posés des questions. C’est le temps d’envisager quelles peuvent être les réponses.

« Sommes-nous enfin des « citoyens » ? Depuis quand ? »

Entre 1793 et 2017, si notre statut n’a pas connu un grand nombre de changements, il ne reste pas moins vrai qu’il est en permanence en question pour des raisons qui tiennent simplement à la comparaison que l’observateur peut faire entre l’énoncé des principes et la réalité vécue par les personnes. Entre la perte de nationalité (1802) et l’accès au suffrage universel pour tous (1956), les ressortissants de l’Empire, de l’Union ou de la Communauté français n’ont pas eu à connaître un statut uniforme. Suivant que l’on soit Sujet Colonisé, Indigène ou métropolitain, ou encore Blanc-Créole ou Béké, l’accès à la citoyenneté a toujours fait l’objet de longs débats, de controverses, voire de déchirements. Considérant les dispositions encore en cours concernant la loi n°2017-256 du 28 février 2017 de programmation relative à l’égalité réelle outre-mer, nous sommes en droit de considérer que le sujet est loin d’être totalement épuisé. Qui plus est, personne n’est en mesure de dire quand est-ce que la dite « égalité » deviendra réelle !

«  Sommes-nous toujours des « colonisés » ? Pourquoi ? »

Le rapport à la terre nous a apporté des réponses qui ne permettent pas de douter de la puissance de la discrimination. L’appareil judiciaire complètement au service des dominants, légitime le crime, le viol, et l’usurpation des ressources naturelles. La République ne reconnaît que la loi et pas le droit légitime.

« Que faut-il entendre par « citoyen-colonisé » ? »

Il découle de l’analyse d’une telle situation que la reconnaissance de la « nationalité » n’inclut pas automatiquement que la qualité de citoyen vous est acquise, en réalité. Nous sommes des « Français entièrement à part », comme a pu dire A. Césaire, à la suite de sa critique de son projet d’assimilation. De « nationalité française » certes, nous sommes ! Et après… ! Pour les « citoyens-colonisés »que nous sommes, seule la culture dominante nous garantit un accès au statut républicain. Se soumettre pour être, ne peut garantir ni la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité !

« Qu’est-ce que la « période post-coloniale » ? »

La dite dénomination qui a été donnée, à partir des années 1960, à la période qui semblait s’achever par une évolution du statut des individus et des relations entre les Peuples, nous semble, sinon usurpée, mais sérieusement contrariée par les résultats incontestés sur le plan économique, social et culturel.

Pour tout dire, la stratégie de démounaj entreprise dans les sociétés, autant dans les territoires « indépendants », que dans ceux qui avaient choisi de rester dans l’ensemble français, connaît un tel succès que l’on peut craindre qu’il y ait plus d’assimilation culturelle, que ce qui, au départ, a pu être souhaité par les demandeurs eux-mêmes. Au résultat, on ne peut avoir toutes les dispositions sociales sans le reniement de soi. Ce renoncement menace aussi bien le colonisé que le colonisateur. Nous sommes en pleine période de zombification mondiale.

« Comment concevoir la lutte anti-capitaliste globale comme lutte anti-colonialiste  ? »

L’historienne M. Cottias fait remarquer que « la grille de lecture marxiste appliquée à l’histoire des colonies avait fait émerger un moteur révolutionnaire, celui de l’esclave, acteur de sa propre histoire alors que le discours républicain, au nom de l’universalisme, était accusé de l’avoir gommé. »[1] Ce qui, selon ses observations « a suscité depuis des antagonismes historiographiques violents.»

Nous ne pouvons contester ces faits.

Mais, l’histoire elle-même, c’est de la production sociale. Aussi, le discours s’articule sur les conditions de sa création. Notre point de vue ne peut être neutre ! Il est entaché par notre être social, fruit de notre existence au sein de la société colonisatrice ou de la société colonisée. Ce qui ne veut pas dire que son contenu est pré-établi, du fait de l’origine sociale. Toutefois, les préjugés qui sont élaborés par des siècles de domination coloniale infestent les mentalités autant sur les bords de la Seine que sur les quais de la Darse à Pointe-à-Pitre. Gardons-nous donc de prétendre renoncer à la vision critique de nos analyses souvent fixées par apports diversifiés et pas forcément choisis.

Conséquence ultime de la présente démarche : sur quelles bases devons-nous nous organiser afin de faire disparaître les injustices qui entravent notre réelle émancipation et pérennise le système capitaliste- colonial ?

Tentons pourtant de résumer ce qui, légitimement, devrait guider les femmes et les hommes qui travaillent dans des entreprises installées dans le dit Outre-Mer, et singulièrement à La Poste :

  • Remise en état (reconnaissance qu’il y a eu crime, viol et spoliation coloniaux) sur la base du droit légitime de nos Peuples ;
  • Reconnaissance de la souveraineté des Peuples dominés ;
  • Reconnaissance des réalités locales, nationales dans les territoires où l’entreprise est installée ;
  • Conditions de travail élaborées selon les coutumes et la culture des Peuples concernés ;
  • Restitution de terres, de biens culturels et ancestraux ;
  • Elaboration d’un Code d’Équité dans les relations entre l’entreprise concernée et le syndicat local ;
  • Élaboration d’un Plan d’échanges culturels entre salariés de l’entreprise ;
  • ………..
  • Commission de travail anti-colonialiste au sein de la Fédération SUD PTT
  • Au moins 1 Membre par entité territoriale
  • Élaboration d’un programme initial de tâches et de formation après mise en état des besoins ;
  • Prévisions annuelles de son financement

 

*

NB – Rassembles les 9 publications ci-devant et tu auras un texte complet… qui a été revu continuellement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des Matières

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De
L’ESCLAVE
au
CITOYEN-COLONISÉ
*
Introduction                                                                         page             3
I – « CITOYENNETÉ » à la « FRANÇAISE »                                   5
1-L’érection du citoyen                                                                         7

a) Que dit la « déclaration » ?                                                            7

b) Des « droits naturels » ?                                                                    8

c) Dans le contexte de la société servile                                          9

 

2-Le premier accès à la « citoyenneté » des « esclaves » dans les colonies françaises                                                                                    9
3 Avec la seconde abolition de 1848 : entame d’un périple inachevé 10

a) Libérer la force de travail de l’esclave… mais, il s’agit d’un « nouveau citoyen »!                                                                           10

b) Pour une sociologie post-esclavagiste                                        11        * Un homme de couleur libre                                                                         11

* Un Béké                                                                                               11

* Le Ministre de la Marine et de Colonies                                           12

* Opinion prêtée à une « séditieuse » Guadeloupéenne                      12

c) La réglementation du travail au lendemain de 1848                         13

 

II – La « MISSION de la FRANCE » : développement et remise en question !                                                                                                15
1 – L’Indigène n’est pas Français                                                        15
2 – Statut à la carte ou/et assimilation                                                  15

a) Que faire de l’Indigénat ?                                                                   15

b) Que devient l’ »Empire Français » ?                                              16

III – Point de vue critique de la VALIDITÉ de la dénomination de la période dite « POST-COLONIALE »                                                  17
1- « De la France coloniale à l’outre-mer » !                                       17                                       a) Les « Quatre vieilles colonies »(Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion)                                                                                                 17                                                                                                 b) De l’ »Union française » à la « Communauté française »             17
2 – La République Outre-Mer                                                             18                                                               a) Entre le vécu des gens et les inscriptions sur les frontons des temples   de la République                                                                                  19 b)   De l’habitation au port et à l’aéroport : le nouveau pouvoir des dominants                                                                                               20                                                                                            c) La question foncière : un marqueur indélébile de discrimination globale (territoriale, économique, sociale et culturelle)                     20
3 – Quel sens donner à la démarche citoyenne dans les « quatre vieilles colonies » et à Mayotte ?                                                                     23                                                                                                                                                                          IV– Petit lexique colonial (nommer des territoires colonisés)               23
Conclusion                                                                                              25

[1] M. COTTIAS, , « Ces « hommes dangereux » de 1848 », L’amnistie à l’épreuve de l’abolition de l’esclavage. CAIRN Info, Genèses, n°66, 1/2007, in Jollivet 1987 ; Delépine 1999.

 

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