« OUTRE-MER ! »: De l’ESCLAVE au CITOYEN-COLONISÉ…(8)

  1. b) De l’habitation au port et à l’aéroport : le nouveau pouvoir des dominants

Dans toutes les anciennes possessions coloniales françaises, il y a deux points névralgiques à tout contrôle de la situation économique et donc politique, le port et l’aéroport.

En réalité, ce ne sont pas en eux-mêmes ces espaces qui ont une valeur intrinsèque, mais c’est d’abord leur rôle dans la stratégie globale de contrôle de la circulation des marchandises et des personnes qui est principal. De plus, la circulation des capitaux s’accommodant parfaitement au champ virtuel initié par les réseaux internet offre des possibilités de transactions quasiment sans espace territorial réel. La question de la souveraineté des Peuples et des territoires concernés se liquéfie dans l’approche mondialiste des échanges au niveau international.

En Guadeloupe, les progrès des échanges internationaux s’arc-boutent sur « Une économie qui résulte directement de la « plantation », basée sur des rentes de situation de monopole, des abus de position dominante et une mainmise sur des milliers d’hectares de terres par les Blan Péyi é Béké. » Telle se résume la situation, selon le LKP. Et, dans ce sens la maitrise des leviers économiques actuels reflète parfaitement à travers les données de l’Insee, l’engrenage qui bloque tout développement structurel :

« Les importations liées à l’industrie automobile sont en hausse de 6 %. Les importations de services de transport, qui pèsent pour environ 12 % du total des importations, sont en baisse de 3,8 %, entraînées par la baisse du prix du billet d’avion qui chute significativement. Les exportations progressent de 4,6 % après avoir augmenté de 4,1 % en 2015. En volume, elles augmentent de 8,9 %, du fait de la baisse des prix des produits pétroliers. Après une année 2015 en retrait, les ventes de produits de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche sont en progression de 9 %.

Les exportations de bananes s’amplifient de 6,4 % en volume, soit 66 208 tonnes exportées, malgré la tempête Matthew survenue fin septembre et les importants cumuls de pluie de novembre et décembre qui ont fragilisé les bananeraies.

Les exportations de rhum sont en hausse également à + 6,1 %. En revanche, la campagne sucrière est très mauvaise, avec une production amputée d’un tiers, en raison des conséquences de la sécheresse de 2015 sur la production 2016 et d’un taux de richesse en saccharine à 7,5 %, en très forte diminution (– 19 points). »[1]

Mais, c’est sans conteste aucune, la question de la terre qui reste le marqueur principal d’une imprégnation fondamentale de la discrimination sur les rapports sociaux.

  1. c) La question foncière : un marqueur indélébile de discrimination globale (territoriale, économique, sociale et culturelle)

Nous nous contenterons de présenter quelques uns des aspects les plus significatifs de la question foncière vue de l’archipel de Guadeloupe. C’est en 1635, que 550 Français débarquent et s’installent sur la côte nord de l’une des îles, dénommée comme l’archipel, Guadeloupe. Cette implantation n’est pas combattue par les Kalinas présents depuis des millénaires sur ces terres, comme sur d’autres de la Caraïbe. L’un des deux chefs de la « mission colonisatrice », le sieur De l’Olive, entreprend de livrer la guerre aux Kalinas en vue de les spolier, de leur enlever la jouissance des espaces les mieux pourvus en ressources naturelles (eau douce, en particulier). Son forfait commis le 26 janvier 1636 (assassinat du vieux chef Kalina, Yans) ouvre une période de conflit armé entre les deux nations. C’est la guerre qui, malgré un répit, dans les années 1640, se développe jusqu’à la paix conclut par un « arrangement » tri-partite (Français, Anglais et Kalina). Des dispositions foncières composent ce qui est considéré par certains historiens comme un « traité de paix » : partition de l’archipel de Guadeloupe entre Français et Kalina (au nord Grande-Terre par exemple) ; La Dominique et Saint Vincent aux Kalinas seuls…etc.

L’évolution de la colonisation française rythme le processus d’accaparement des terres au dépend des Kalinas, entre le début du XVIIIe et le XXe siècles. Vers 1715-1730, des autorisations de patentes commerciales sont accordées à certains ports, notamment de l’Atlantique (Bordeaux, Nantes, La Rochelle…). Les possibilités d’installation dans les îles de la Caraïbe sont accrues. Du coup, les concessions foncières qui sont attribuées sous l’autorité directe du pouvoir royal depuis 1672, se multiplient et se répandent y compris sur des territoires acquis, en principe, aux Kalinas. Les Quartiers d’Anse-Bertrand, du Mancenillier (Petit-Canal) et du Port-Louis s’étendent compte tenu de ces spoliations. Tout le XVIIIe siècle voit s’amplifier le mépris total vis-à-vis des Kalinas qui sont refoulés, petit à petit, à Petit Portland (zone actuelle de Porte d’Enfer et Grande Vigie, commune d’Anse-Bertrand, de Galibi et Gros-Cap, commune de Petit-Canal). C’est au lendemain de la seconde abolition de l’esclavage (1848) que la pression sur le foncier, en principe réservé aux Kalinas, se fait la plus forte, et pour cause. En effet, les milliers de « nouveaux libres », plus les immigrés (« engagés » recrutés en Afrique et en Inde) constituent tout au long des années 1850-1880, une force de pression sur les terres non exploitées. Mais, malgré les craintes relevées chez certains descendants des Kalinas (prescription trentenaire en 1851 d’Adélaïde Deschamp), ce n’est que vers 1883 qu’une réaction collective est enregistrée par les services coloniaux (pétition au directeur de l’intérieur). Très Précisément, les signataires rappellent les accords de 1660 et estiment avoir été spoliés de plusieurs centaines d’hectares de terre. Rien n’y fait. Personne ne prête un soupçon d’attention à leur requête. En effet, il s’agit de faire face à la première crise sucrière internationale (1884-85), et les usiniers en question (en l’occurrence le plus important des producteurs de la Guadeloupe à l’époque, Ernest Souques) ne se préoccupe que de la rentabilité de ses capitaux et sa société de Beauport, se préparent à absorber la première usine construite dans la région, celle de Bellevue.

Les conflits dits de terre n’opposent au début du XXe siècle, la plupart du temps, que des descendants Kalinas entre eux ou envers des prétendus propriétaires d’origine africaine : untel accuse de coupe de bois illicite tel ou tel et ainsi de suite. L’action d’extension vers la limite des cinquante pas géométriques commise par les usiniers successifs ne sera clairement explicité qu’à partir de juillet 1943, lors d’un recours de la famille Camprasse, d’origine Kalina, demandant au tribunal de reconnaître ses droits sur une propriété d’une trentaine d’hectares, à la Grande Vigie. Une affaire qui sera réglée autour des années 1965-1970.

Il est de ce fait clairement établi que la question foncière en Guadeloupe, ne serait-ce que du point de vue des Kalinas, reste ouverte pour une remise en état. Elle n’est pas close par la loi et le droit positif français : le droit légitime, la coutume et l’équité sont les ferments qui maintiennent la revendication parfaitement recevable au regard de la législation internationale.

Mais, sous d’autres aspects, la question foncière présente en Guadeloupe, une spécificité qui mérité d’être éclairée. En effet, nous présentons ici les éléments du conflit qui oppose des cultivateurs de Sainte-Rose, à M. Hubert De JAHAM, un Béké dont les ascendants ont  usurpé plus de 3.000 hectares de terre dans cette commune de la Guadeloupe. Un juge a estimé face à un certificat de concordance récent et établi pendant le conflit, qu’il y avait « présomption de propriété ». Nous ajouterons que le dit certificat de concordance n’a pu être établi que sur un faux relevé de terrain, datant de 1929. Le comble !… le tribunal des baux ruraux a constitué un acte trentenaire sur environ 37 hectares, document qui sert de support à une série vertigineuse de décisions en faveur du Béké. Un tract du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) expose succinctement les données brutes du problème :

« SUR LES TERRES DE SAINTE-ROSE, LES CULTIVATEURS SONT EN LÉGITIME DÉFENSE !!!

Peuple de Sainte-Rose, Peuple de Guadeloupe, 170 ans après l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, nous sommes confrontés à l’iniquité la plus abject qui soit : une famille de Béké, arrivée à Sainte-Rose, à la suite du cyclone de septembre 1928, veut nous imposer sa loi. « Rien à foutre » du droit, seule sa loi compte.

En effet, le sieur De JAHAM, dirigeant de la CIACL-CACL-EACL-De JAHAM Invest…etc, vient de détruire nos jardins créoles, nos plantes d’ignames, de patates douces et autres, nos carbets sur les terres de Daubin, qu’il prétend détenir en toute propriété. C’est la seconde fois qu’il procède de la sorte depuis novembre 2012.

Quel est le problème posé ? 

Comment se fait-il qu’un prétendu géomètre du nom de SOBIESKY, résident en Martinique, puisse réaliser en 1929-1930, un relevé de propriétés, sans convoquer un seul bornant, et déclarer un certain AUBÉRY, propriétaire de la mer à la montagne, à Sainte-Rose ?

Comment se fait-il qu’un notaire ait pu cautionner un tel forfait ?

Comment se fait-il que des terres que nos familles cultivent depuis plus de 2 siècles puissent appartenir à une société créée en 1946, pour ce qui concerne la SA CIACL, alors qu’il n’y a aucun acte de vente, de paiement réalisé par la dite société ?

Comment se fait-il que la SA CIACL ait été liquidée et puisse voir ses actifs reportés sur une Sarl CACL, sans que les services réglementaires du Greffe aient consigné sur le relevé KBis les modifications intervenues, avec noms et fonctions des personnes en charge de les réaliser ?

Comment se fait-il que ces dites sociétés puissent déléguées des pouvoirs à des inspecteurs qui nous ont imposé des contrats de colonat au nom d’une certaine EACL qui n’a rien à voir avec les CIACL et CACL ? 

Comment se fait-il que la dite société ait pu vendre à des Saintrosiens, à la commune et au Conseil Départemental des terres dont elle n’a pas les actes de propriété ?

Comment se fait-il qu’un expert (sorti en Martinique) nommé par le tribunal ait fait injonction à la dite CIACL-CACL de lui fournir les actes de propriété des terres en question, et que suite à cette demande non exécutée par le dirigeant de la CACL, cet expert ait été renvoyé par le tribunal ? Connivence ! 

Comment se fait-il que des abus, des faux et usages de faux soient couverts par le Tribunal de Grande Instance et/ou le Tribunal des Baux Ruraux pour le compte de ces sociétés ?

Comment se fait-il que les services de l’Etat, le secrétariat de la Préfecture restent totalement sourds à la motion votée par le Conseil municipal réclamant les pièces prouvant l’existence légale de ces sociétés sur le territoire de la commune de Sainte-Rose ?

Enfin, comment accepter, Saintrosiens, que les dites sociétés ne puissent pas prouver qu’elles payent des impôts à Sainte-Rose ? De 1974 à 2016, à qui ont-elles versés des recettes fiscales ?

Et, POURTANT !!!!! Les services de l’Etat ont délégué des forces armées afin de protéger ces faits couverts par des décisions iniques de juges aux ordres du pouvoir des PWOFITAN !!!

PÈP SENTWÒZ !!! PÈP GWADLOUP !!!   FÒ NOU LÉVÉ GAOULÉ POU DÉFANN JISTIS É DWA POU LÉ MALÉRÉ !!![2]

Face à la politique délibérée de protection des dominants perpétrés par l’Etat colonial, nous sommes en droit de nous soulever et de dire NON à l’injustice !

PÈP GWADLOUP DOUBOUT !!! LAY PANN I’SÈK !!!

NOU AN LÉJITIMS DÉFANS !!![3]

Sentwòz, 08.09.2018                                           LKP »                                                                                                                  

La question foncière, dès le XVIIe siècle, est au cœur des problèmes rencontrés par les populations Kalina déjà fixées sur l’archipel ((5000 ans Av. JC). Ces difficultés seront transmises aux descendants des déportés Africains dès le moment de leur libération de l’esclavage subi pendant deux siècles. En effet, elles seront pérennisées par une législation discriminatoire vis-à-vis de ces nouveaux libres, mais également à l’encontre de tous les « engagés » (Africain, Indiens…), recrutés durant la seconde moitié du XIXe siècle afin de palier le manque de main-d’œuvre qui était le lot des anciennes habitations serviles.

Tel est le socle de fondation de la puissance foncière des Blancs-créoles et Békés en Guadeloupe et en Martinique.

Tout ceci justifie amplement les luttes déterminées conduites par des cultivateurs afin de donner un sens au droit légitime dans les relations qui devraient primer entre les hommes sur les terres de Guadeloupe et ailleurs.

_______________________________

Notes

[1] Insee, cf. CEROM, N° 26 / octobre 2017.

[2] Trad.  franç. : « Peuple de Ste Rose ! Peuple de Guadeloupe ! Nous devons nous révolter afin de défendre la justice et le droit en faveur des plus pauvres ! »

[3] Trad. franç. : « Debout ! Peuple de Guadeloupe ! Au diable, les conséquences ! Nous sommes en légitime défense !»

Article publié le 30 décembre 2018

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