« OUTRE-MER ! » : De l’ESCLAVE au CITOYEN-COLONISÉ (3)

2 – Le premier accès à la « citoyenneté » des « esclaves » dans
les colonies françaises
C’est à la fin du mois d’août 1793 que Sonthonax et Polvérel,
représentants de la France à Saint-Domingue, accordent à la réalité du
terrain en faveur des « esclaves », une portée législative, en proclamant
l’abolition de l’esclavage. La puissance du mouvement fut telle que,
malgré les tentatives de Leclerc qui parvint à entamer une guerre de
pacification de la colonie en 1802, seule l’érection de l’indépendance
d’Haïti, mis fin définitivement à l’esclavage.
En juin 1794, la Guadeloupe est la deuxième colonie qui
bénéficie de ce qui apparaît aux yeux des Français, telle une
mansuétude, pourrait-on dire, mais en réalité il s’agit d’une mesure ayant une valeur stratégique : contenir l’assaut des  Anglais. En effet, V. Hugues et Chrétien,
chargés par la Convention de porter le décret du 4 février 1794 qui
abolit l’esclavage, parviennent à vaincre les troupes anglaises grâce aux
forces serviles mobilisées du fait de la promesse qui leur a été faite
d’être libres en cas de lutte contre l’ennemi héréditaire de la France. La
proclamation de la première abolition de l’esclavage faite le 6 juin 1794,
sur la Place de la Victoire, à Pointe-à-Pitre, reste encore vivante dans la
dénomination du lieu qui a été le témoin de l’événement.
Il n’y alors que des « citoyens » en Guadeloupe. Pendant huit
années consécutives, la colonie de Guadeloupe ne compte que des
« citoyens Français », quelle que soit la couleur de leur peau. Le
principe de la « citoyenneté » est posé sur le territoire de l’archipel sans
que les réalités quotidiennes connaissent un bouleversement
révolutionnaire. En effet, certains métiers sont exercés par des colons
français, d’autre par des anciens esclaves. Le respect est dû à tous ceux
qui portent la couleur privilégiée ou qui tire leur origine de la dite
couleur. Il s’agit d’une « citoyenneté altérée », c’est-à-dire composée de
la reconnaissance de principes républicains et des discriminations
reconnues comme partie intégrante d’un équilibre socio-politique et
ethnique. Les principes recèlent l’innovation, voire le progrès pensent
certains, et c’est ainsi. Malheureusement, il est simplement admis que la
réalité sociale évolue plus lentement que ne le font les principes :
atteindre un certain équilibre entre les deux, réclamerait de la patience.
Il faut savoir attendre ! Surtout de la part des « nouveaux citoyens »
pensent les plus sages.
En 1802, on assiste à un véritable cyclone politique, social et
ethnique. C’est le retour à l’état antérieur à 1789. Bonaparte ayant
conclut momentanément la paix avec les Anglais, estime qu’il est temps
de remettre les « nègres » en leur « état naturel », d’êtres soumis.
L’esclavage est rétabli par l’arrêté Richepance du 16 juillet 1802. La
citoyenneté-nationalité acquise en 1794 est remise en cause.
Cette « citoyenneté » conditionnée par la couleur de la peau est
certes républicaine, mais coloniale. Il faudra attendre la seconde
république de 1848, pour une nouvelle évolution du statut des personnes
à peau noire, d’origine africaine.

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