« OUTRE-MER » ! De l’ESCLAVE au CITOYEN-COLONISÉ … (1)

Introduction

Notre préoccupation immédiate s’inscrit dans la recherche d’un éclairage sur le paradoxe que nous vivons, au quotidien, dans l’entreprise La Poste, en particulier, mais d’une façon générale, dans nos sociétés des RDOM, CTOM, voire carrément dans ce qui est dénommé « l’Outre-Mer » et qui, en réalité, demeure des restes d’un Empire colonial.

En effet, notre première interrogation porte sur l’opération de renforcement de l’encadrement « caucasien », alors même que depuis la création de SUD-PTT GWA, en 1996, nous insistons sur la nécessité de faciliter l’accès à l’emploi aux jeunes Guadeloupéens, soit par la voie d’une mutation, soit sous la forme d’un recrutement sur place, de l’exécution à l’encadrement. Ceci nous semble une mesure de salubrité publique, par le fait que depuis des décennies, plus de 60% des jeunes de 18 à 25 ans restent sans emploi. Si donc aujourd’hui, la direction de La Poste nous répond par l’ethnicisation de sa gestion de l’encadrement, il nous faut élucider les raisons profondes d’une telle perpétuation politique, à savoir, sa source, son fondement.

La seconde interrogation porte sur la réorganisation des services, en particulier, la distribution du courrier. Des critères élaborés dans des zones géographiques (banlieues de la région parisienne) qui n’ont rien de commun avec nos sections de commune, nous sont imposés dans le cadre de la réorganisation du temps de travail. Un cahier des charges est élaboré à Paris et communiqué dans nos directions locales pour exécution, point barre !

Enfin, la troisième interrogation consiste à nous demander pour quelle raison fondamentale faudrait-il que les nouveaux emplois qui nous sont imposés dans le cadre du renouvellement des métiers au sein de l’entreprise vise principalement le changement de comportement chez les usagers. Ils doivent se conformer aux normes nouvelles qu’introduit La Poste, sous le prétexte d’une modernisation des pratiques.

Ce qui semble un simple paradoxe peut s’avérer, pour certains d’entre nous et dans certaines situations, un véritable déchirement, entre ce que l’on croit et ce que l’on vit, entre des principes affirmés, voire vénérés, et la réalité brute, immédiate, qui nous brise toute élaboration positive de la conscience de soi : nous devenons des zombis !

*

La situation actuelle des DOM, des Collectivités Territoriales diverses, de l’Outre-Mer français, en général, comme la situation des anciennes colonies françaises d’Afrique fait ressortir des liens et relations qui n’ont rien à voir, philosophiquement, avec le respect que tout Etat, guidé par des principes républicains, doit à toutes les personnes considérées en tant que citoyen. En réalité, toutes les structures jouant un rôle de liant entre les deux parties (France et Outre-Mer) sont marquées du sceau de la domination coloniale de la part de la France. Ainsi donc, que ce soit au niveau individuel ou collectif, on assiste à une affirmation de principes citoyens (réputés républicains !) dominée par une réalité colonisatrice. De fait, la colonisation moderne s’est transformée en une sorte de système hybride, cherchant à concilier la volonté des colonisés de lutter contre les affres de la colonisation, à la détermination des colonisateurs de garder la relation dominants-dominés, sinon en l’état, mais dans une dynamique permanente de re-création de la pwofitasyon.

Autrement dit, le capitalisme occidental, à travers la mondialisation, à un stade transnational, n’abandonne aucunement le système initial, mis en place entre le XVe et le XIXe siècles, à savoir : un cœur d’entreprise créé dans un pays de l’Europe occidental, se nourrissant d’un réseau colonial conquis au nom d’un Etat, par la foi et les armes.

Sur un plan social, il s’agit d’un univers capitaliste qui entraine le dépérissement progressif d’autres systèmes concurrents, par exemple, le système familial de production dans les campagnes de l’Occident. C’est sur ce socle que se construit la démocratie, la citoyenneté moderne et l’organisation universelle actuelle.

La France n’est qu’un exemple dans la situation actuelle qui prévaut sur des territoires aussi divers que variés, en Europe, bien sûr, mais en Afrique, en Amérique, en Asie…

Ces considérations générales nous conduisent à observer la situation du dit Ooutre-Mer, et singulièrement de l’archipel de la Guadeloupe, en vue d’une transformation concrète des rapports entre les hommes, entre nos Peuples. Nous ne saurions nous satisfaire d’une simple investigation intellectuelle.

Aussi, nous demandons-nous aujourd’hui :

– Sommes-nous enfin des « citoyens » ? Depuis quand ?

– Sommes-nous toujours des « colonisés » ? Pourquoi ?

– Que faut-il entendre par « citoyen-colonisé » ?

– Qu’est-ce que la « période post-coloniale » ?

– Comment concevoir la lutte anti-capitaliste globale comme lutte anti-colonialiste  ?

Telles sont les principales questions auxquelles je souhaite consacrer une part de la réflexion sur les conditions réelles de l’existence des femmes et des hommes qui travaillent dans des entreprises installées dans le dit Outre-Mer. Et, conséquence ultime de la présente démarche : comment devons-nous nous organiser afin de faire disparaître les injustices qui entravent notre réelle émancipation et pérennise un système colonial ?

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