Serge ROMANA : le fait… une grève de la faim !

Volet 3

Connaître le présent grâce à la reconstitution et à l’étude du passé : faire de l’histoire !

Nous aborderons ce dernier volet sous l’angle d’un témoignage personnel. Autrement dit l’historien disposera d’un outil qui devrait lui permettre de réaliser sa tâche.

Au cours de l’année 1997, près d’une année avant la « marche de mai 98 », avec Serge ROMANA nous entretenons de nombreux échanges. A la fin de l’année, nous nous rencontrons à Port-Louis, en Guadeloupe. Nous sommes légitimement préoccupés par la situation de nos compatriotes émigrés, « ka viv an vant a bèt la ». Nos nombreuses discussions portent sur la « pédagogie » à mettre en œuvre, selon le mot de Viviane ROMANA. Assez rapidement, il ressort de ces « bokantaj a pawòl » que mes amis ont la ferme intention d’organiser une « manifestation populaire » charpentée sur des colloques, séminaires au cours desquels interviendraient des personnalités de divers horizons et tout cela conclu par une « marche ». Le programme prévoyait des écrivains Martiniquais, des personnalités d’origine guadeloupéenne, entre autres…

L’idée de la « marche » ne me laissait pas indifférent puisque en Guadeloupe, c’est à Basse-Terre que cette formule avait été initiée au cours du lancement du Mouvman Kiltirèl Voukoum dans les années 1989-90. Soit. De Basse-Terre au Matouba, nous expérimentions une pratique nouvelle d’engagement-conscientisation, particulièrement pour les jeunes. Le « Fè Mémwa Maché ! Fè Konsyans Vansé ! » était dans les langes.

Nous échanges devenaient de plus en plus serrés concernant les invités. Sans être une voix déterminante de l’organisation, nous ne tenions pas être associés aux « assimilationnistes » de tout bord. Vers le mois d’avril 1998 nous recevons enfin le programme définitif et nous nous apercevons qu’il est prévu d’accueillir une personnalité gouvernementale. A quel titre, demandons-nous ? Et voilà, sur ce fait, les discussions s’enveniment et nous refusons d’honorer l’invitation de nos amis. La colère gagne Viviane notamment, qui « ne comprend pas » notre attitude, dit-elle. Cet incident est à l’origine de notre rupture définitive avec le couple ROMANA.

A l’analyse, à postériori, nous considérons que cette mise en scène initiale masquait une ambition : émerger sur la scène nationale française au titre des « Français d’outre-mer ». Il n’était plus question de « vant a bèt-la ! » L’existence quotidienne autant que les espérances de la « communauté » devenaient un champ d’investissement politicien. Les buts de la démarche ne pouvaient pas être dévoilés d’une traite. Il a fallu passer par le « lanmèkannfènèg ! »[1] et le dévoiement de l’histoire au service d’objectifs bassement politiciens. Le couronnement sera l’élection de Viviane ROMANA, conseillère régionale socialiste de l’Ile de France, en 2010 et 2015. Les ambitions de l’épouse cachent mal celles de l’époux.

Aujourd’hui, l’émigration guadeloupéenne en France n’a plus qu’à se préparer à un nouvel assaut venant cette fois des « assimilationnistes de droite », car le travail de démantèlement de la conscience nationale a été rondement mené par les « assimilationnistes de gauche ».

La petite bourgeoisie issue des entrailles de notre terre de Guadeloupe confond le plus souvent des intérêts bassement égoïstes avec  la légitime ambition d’émancipation de l’ensemble de notre Peuple. Dans sa quête, la réussite personnelle, individuelle se métamorphose en stratégie collective et sème la confusion la plus regrettable. Par ailleurs, dans le cas étudié ici, l’une des sources de cette débâcle idéologique réside, sans conteste, dans l’influence qu’a eu sur ces cadres étudiants guadeloupéens des théories psycho-culturelles inspirées de l’expérience  juive par Tobbie NATHAN[2], thérapeute formateur de V. ROMANA.

On ne peut que souscrire à cette pensée de Karfa DIALLO[3] : «… le problème mémoriel français continue de générer un savoir émotionnel obsédé par une mémoire de la Shoah qui a réussi à s’ériger comme modèle incontournable de lecture des tensions républicaines.»

Nous sommes devant une problématique franco-Française. Soit ! Il y a certes peu à en sortir du point de vue du « patriotisme révolutionnaire guadeloupéen« , mais qualitativement il est d’un grand intérêt, pour qui veut comprendre les questions qui se posent aux Peuples , dans la Caraïbe.

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Ce volet 3 met fin à la réflexion sur « SR : le fait… une grève de la faim  ! »

NB – Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer à propos des actes des uns et des autres (cf. depuis plus de 25 ans, les divergences qui ont marqué le « mouvement patriotique en Guadeloupe« ), mais SERGE… est un « petit frère ! »qui a perdu le sens des choses justes… Alors !…Pardonnez moi !

Bonne relecture …

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[1] Comité Marche du 23 mai1998  : « Lanmèkannfènèg : Lanmè (l’océan) — Kann (canne à sucre) — Fè (les chaînes) — Nèg (Nègres). Nous avons créé ce mot en l’an 2000, quelques mois après la naissance du CM98. Il symbolise les 4 éléments que nous considérons comme déterminants dans la création des descendants d’esclaves de la Guadeloupe et de la Martinique. En disant que nous sommes des Lanmèkannfènègs, nous voulons signifier que nous sommes des descendants d’esclaves assumant pleinement cette identité. »

[2] Professeur, écrivain représentant de l’ethno-psychiatrie en France.

[3] Consultant (cf. intelligence mémorielle). « Je ne suis d’aucun bord. Je ne suis encarté nulle part. Je veux avant tout rester un homme libre », dit-il, après qu’il ait été proche des Socialistes, comme les ROMANA. Il fonde son premier mouvement à propos de la mémoire en 1998.

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