Elections dites « régionales » en Guadeloupe !

KA  NOU  FÈ ?

Tant que le point de vue colonial dominera les esprits en Guadeloupe, il y aura des consultations électorales, de toute nature, qui viseront à pérenniser les institutions coloniales. Les groupes et classes sociaux du pays interprètent, selon leurs intérêts, le mode d’utilisation des moyens institutionnels que le système colonial active afin de créer une illusion de vie sociale apaisée, une parade (kon kodenn !) en somme, face à la réalité quotidienne de l’exploitation, des discriminations et de la domination du capitalisme français, européen, mondial. Du point de vue de la méthode, nous ne sommes pas sensibles à un quelconque manichéisme. Nous partons d’une position active, an mouvman, de celui qui découvre en avançant, et qui se construit une vision de l’avenir à partir des racines du quotidien. Nonm jòdi sé yè a Nonm dèmen ! 

Le rôle spécifique de chacun des acteurs sociaux n’est pas de se conformer à la place que lui assigne le système dominant. Il s’agit, par définition, d’une position relative, qui ne peut prendre sens que dans un contexte social donné. L’origine de la société actuelle de Guadeloupe est coloniale. C’est sans conteste une rupture temporelle (1635) qui a entrainé une nouvelle organisation spatiale, dans le processus de construction sociale humaine commencée 5 à 6000 ans auparavant, dans l’arc caribéen. Il ne s’agit pas d’ignorer le caractère proprement humain d’un tel processus. Au contraire, un tel regard confirme notre assertion, à savoir, qu’il y a « rupture » dans ce long processus. Quelques principes  originaux totalement ignorés nous mènent sur la voie du déséquilibre repéré. Quels sont – ils ? Signalons entre autres : la solidarité entre l’homme et son environnement, la souveraineté du peuple sur le territoire qui le nourrit, la relativité des pouvoirs conférés à un membre (ou un groupe) de la communauté humaine considérée, l’homme non prédateur de l’homme…Tel se résument les grands principes Kalinago ou Taïnos…

Le « libre arbitre » attribué à « l‘homme moderne« , conforté par la « philosophie des Lumières« au XVIIIe siècle, donne sa pleine légitimité à la « rupture ». La constitution de la colonie sur le territoire de Guadeloupe, est la forme sociale sanctifiée de cette « rupture ». Les colons deviennent les « seuls hommes » légitimes. Les « sauvages » et les « nègres » sont créés comme leur alternative absolue. Défendre les « colons-habitants-blancs », c’est défendre l’humanité sur ces territoires. Le crime, puisqu’il est convenu de nommer ainsi « la traite et l’esclavage », système social pyramidal organisé afin de pérenniser la spiritualité initialement incrustée par ce nouvel agencement, devient irréparable, puisqu’il affecte la nature même des victimes. Elles ne sont pas humaines ! Aussi a – t – on indemnisé lors de la deuxième abolition (1848), les « vrais hommes », « anciens maîtres » et non les « nouveaux libres », toujours « pas encore hommes ».

Ce qui interpelle; à ce stade de notre approche, c’est l’évolution d’un tel système. Il y eut plusieurs étapes : la remise en cause du système esclavagiste(1793-1802), la revendication des droits des « blancs » (1848), la revendication de tous les droits des « autres » ou assimilation (1946), la revendication de la prise en compte de « la personnalité guadeloupéenne’ ou régionalisation(1982)… Ce qui signifie que c’est avec le développement du système que les « non humains » deviennent « humains ». Le principe de leur humanité n’est pas reconnu « à priori »!  Tel est le cadre institutionnel dans lequel se rangent les consultations électorales actuelles. Les régionales de 2016 ne sont rien d’autres qu’un épisode de la consultation générale qui s’applique dans la mise en place d’un réajustement progressif du système d’exploitation, de discrimination et de domination coloniales ininterrompues.

Dès lors il s’agit d’interroger les stratégies des groupes et classes sociaux, de ceux qui y participent, ainsi que de ceux qui ne participent pas pour dévoiler leur positionnement par rapport à la « rupture originelle ». Ce peut être un exercice très complexe, mais il nous faut le tenter si nous voulons nous faire une idée de notre propre capacité à appréhender la réalité coloniale actuelle. Pour cela repérons : les déclarations d’intention, les programmes, les affinités des uns et des autres… comparons les discours et les actes…

Nous devrions parvenir à une ligne de démarcation nette :

  • ceux qui veulent l’intégration au sein de la république franco-européenne, dans le cadre d’une autonomie régionale ou sans cela,
  • ceux qui veulent l’intégration au sein de l’ensemble caribéen, dans le cadre d’une souveraineté partagée.

Les dites élections « régionales » prendront alors un sens nouveau dans notre conscience.

Il s’agit d’un attrape – couillon…

ON  ZATRAP TON’NÈ !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s