M A N I F E S T E : NONM !

NE PAS CONFONDRE LES LUTTES EN FRANCE ET EN GUADELOUPE …

Il y a, de toute façon, des principes de base qui doivent guider un engagement politique d’abord en France, puis en Guadeloupe. Ces deux combats — bien qu’ils aient des valeurs communes — ne sont pas pareils. Comment ?

  1. En France, les luttes actuelles témoignent de la détermination du Peuple à refuser la domination libérale, à rejeter la monarchie présidentielle et à rechercher des alternatives à la décomposition sociétale.

En Guadeloupe, les luttes actuelles témoignent de la détermination des Patriotes à refuser la domination coloniale avec son corollaire de discriminations racistes.

  1. La race humaine est unique, ce qui élimine d’emblée toute forme de négrisme ou de racisme-à-rebours, de ce que SARTRE appelait jadis « le racisme-anti-raciste ». On ne doit pas adopter contre les racistes négrophobes une idéologie sectaire et une phraséologie démagogique et pseudo « ethniciste » du genre « Nou sé Nèg ! » ou bien « Nou sé Afwiken ! », « Nou sé Zendyen ! »…, mais l’arme de l’éducation, de la culture scientifique qui unira plus sûrement et solidement tous les Guadeloupéens[1].
  2. Il faut percevoir, à travers toutes les idéologies d’exclusion, de domination et d’agression, les conséquences du capitalisme et de l’impérialisme français, sinon cela demeurera une simple dénonciation morale, religieuse ou empreinte de naïveté.
  3. La culture française est dominée par 1,5 millénaire de FÉODALISME qui affecte souvent et profondément ses rapports de pouvoir ou d’autorité, ensuite par le JACOBINISME issu de la Révolution bourgeoise de 1789, là où une fraction petite-bourgeoise a conçu des valeurs soi-disant universelles pour l’imposer à la Terre entière, enfin par le BONAPARTISME intimement lié à la grande-bourgeoisie, à une pseudo-gloire militaire, au racisme étatique de Bonaparte lui-même et aux guerres coloniales. Paris est encore une vitrine bonapartiste de ce culte.
  4. Les notions de peuple[2] et de nation[3], bien que disjointes dans les pays européens et ailleurs, se confondent en Guadeloupe dans un contexte d’oppression militaire, administrative et judiciaire, et de COLONISATION ETHNIQUE. Les Français qui sont chez nous — anciens ou nouveaux — ne sont ni « blancs », ni « métropolitains, » mais fondamentalement des COLONS. Leur « uniforme leucodermique »[4] et leur culture raciste créent un APARTHEID constant, bien « visible », mais contre lequel les Guadeloupéens colonisés refusent de lutter, par atavisme et sous le prétexte de risquer de perdre un niveau de vie artificiel. Or, c’est cette caste de profiteurs endogamiques de Jarry-Moudong – les BBCSF[5] – qui demeure l’obstacle majeur d’un véritable développement économique et endogène de la Guadeloupe. L’État colonial, par les privilèges financiers et l’assistance sociale qu’il accorde au peuple guadeloupéen, par la répression syndicale qu’il exerce contre tous ceux qui luttent et par une forte aliénation à la fois scolaire, religieuse et médiatique, est le gardien fondamental de cet ORDRE COLONIAL. Un « génocide par substitution » est en marche. Lorsque nous nous réveillerons de ce mauvais rêve, il sera peut-être déjà TROP TARD !
  5. Le combat du Peuple Guadeloupéen n’est pas intégrationniste. Il vise la pleine souveraineté violée, spoliée, bafouée lors de l’implantation du système colonial soi-disant légitimé par un « traité »[6] signé par des pseudo-représentants du Peuple Kalinya (Caraïbe) et le dénommé Houël (seigneur propriétaire).
  6. L’objectif à court terme de ce combat doit nous mener à la situation de notre voisin du nord le plus proche, Antigua, et à celle de notre voisin du sud, le plus proche, Dominica, c’est-à-dire, à l’INDÉPENDANCE NATIONALE !

Allez ! Osons !

Sé zyé ki lach !!!

 Lapwent 01.05.2018      MOUVMAN NONM                    

[1] Guadeloupéanité qui s’enracine d’abord dans des millénaires de présence amérindienne (langue, us et coutumes…) et que deux siècles d’esclavage (1635-1848) ont consolidé par un apport majeur de l’Afrique.

[2] Le peuple constitue toux ceux qui luttent collectivement, contre une oppression. Ce sont généralement les classes populaires (ouvriers, employés, petits paysans).

[3] La nation rassemble historiquement, sur un même territoire, un ensemble de classes sociales partageant, en gros, la même culture.

[4] Leucodermique : du grec leuko : blanc et derma : peau.

[5] BBCSF : Békés, Blancs-Créoles, Sociétés Françaises.

[6] Connu dans l’histoire coloniale comme un « Traité Franco-Anglo-Caraïbe »(1660), qui attribuerait la Guadeloupe, la Martinique, Ste Lucie à la France, la Dominique aux Caraïbes, et d’autres îles aux Anglais. Des religieux prétendaient représenter les « Sauvages » qu’ils estimaient évangilsés.

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La dernière phase du génocide par susbtitution… Etape 1 –

Lorsque 550 personnes débarquent à l’extrémité septentrionale de l’ile de Guadeloupe (aujourd’hui dite Pointe Allègre), le mercredi 28 juin 1635, sous le commandement des deux responsables de la Cnie des Isles d’Amérique, les sieurs De l’Olive et Du Plessis, elles ont engagé un processus colonial. Cette colonisation moderne  marque l’intrusion de la Monarchie et des capitalistes français dans l’expansion des nations européennes, qui inaugurent une étape nouvelle de la construction et de la conquête du monde. Le territoire de l’archipel guadeloupéen, peuplé alors de Kalinas, est introduit dans un concert nouveau de luttes d’influence entre institutions religieuses, compagnies capitalistes, Etats nations, Aujourd’hui, sur le plan international, la majorité des Peuples de la Terre admet  qu’il y a lieu de concevoir les rapports entre eux sur des bases respectueuses du droit pour chacun d’eux de disposer de lui-même. Evidemment, ce droit ne saurait se limiter aux seuls Peuples constitués et dominants entre les XVI et XIXe siècles.

Si ce devait être le cas, cela signifierait que de nombreux Peuples d’Europe, reconnus par la communauté internationale, devraient dans l’instant renoncer à leur pleine souveraineté.

Si ce devait être le cas, cela signifierait qu’au-delà du XVIe-XVIIe siècle, plus aucun Peuple n’aurait le droit d’émerger de la gangue de la barbarie des rapports anciens. Il faudrait concevoir l’évolution de ces Peuples comme un phénomène anhistorique, n’ayant aucun sens dans la compréhension de l’évolution de l’humanité elle-même.

Heureusement, l’ampleur des conflits engendrés par la colonisation moderne a eu pour effet de tempérer, sinon les ardeurs belliqueuses des plus puissants, les ambitions de certaines des plus grandes collectivités constituées entre le XVIe et le XXe siècle. Des principes de droit ont supplanté, dans des lois positives, les anciennes sauvageries de la jungle initiale. Toutefois, nous habitons là le domaine de la morale entre  Nations, entre Peuples.  Nombreux sont les dirigeants qui font peu de cas de ces principes. Ils se placent du point de vue de la continuité de leurs désirs ancestraux. Ce sont ceux là même qui s’appuient sur les principes nouveaux afin de mieux masquer leur conservatisme, qui se vantent d’être les plus fidèles des démocrates. Cette mesquinerie subjective affecte grandement les rapports entre les Peuples. Les principes affirmés sont alors appliqués de manière discriminatoire. Certains sont considérés comme des Peuples, d’autres comme des Populations, et pour ceux reconnus en tant que Peuples, l’application du principe de droit de disposer de soi reste toute relative : tout dépend de la volonté des dominants.

La Guadeloupe est directement concernée par une telle approche.

Pouvez-vous reconnaître en quoi ?

Pourquoi le livre sur « l’évolution d’un grand domaine sucrier dans la Caraïbe »…

Hello ! Tous !

Mon dernier livre sur Beauport, un petit coin du territoire de la Grande-Terre en Guadeloupe, traite en somme, de l’exploitation d’une habitation peu étendue (à peine 70 ha); sa capacité a capter l’intérêt d’un médecin de St Gaudens (SO de la France) en 1836,  lui a procuré une grande influence sur ses voisines.

C’est avec l’arrivée des Bordelais, en 1908, qu’elle atteindra après une vingtaine d’années d’exploitation, sa capacité maximale, à peu près soutenue, jusque vers 1981.

Aujourd’hui, l’habitation n’existe plus. Le site d’à peine 4 ha où loge « Le Pays de la Canne »(sorte de musée à ciel ouvert !) est figée dans une posture nostalgique…. il mérite certainement mieux !

J’espère que ce livre excitera la créativité chez le nouvel administrateur… !

Évolution de la question de la terre en Guadeloupe à l’époque contemporaine

Les problèmes posés à Daubin, ouest de la commune de Sainte – Rose, en Guadeloupe sont récurrents. Il ne s’agit pas du tout de faits nouveaux. Depuis la seconde abolition de l’esclavage de 1848, la mise en valeur des terres agricoles repose sur un postulat : les Nègres, « nouveaux libres » ne sont pas propriétaires de terres, car ils subissaient le joug de la servitude. Une minorité de personnes d’origine caucasienne détiennent la grande majorité des terres. Entre 1865 et 1908, des domaines de plusieurs milliers d’hectares vont se constituer sur les dépouilles des anciennes habitations, qui se peuvent échapper à la rapacité des sociétés anonymes qui se forment en vue de la construction des usines centrales.

Cette évolution qui jette les balises de la question foncière en Guadeloupe fait apparaître de nouveaux problèmes :

– Quels rapports sociaux entre les actionnaires lointains et anonymes (Paris, Bordeaux, Nantes, Marseille…) et les milliers d’agriculteurs qui sillonnent les champs de « nouveaux maîtres », à la recherche d’une journée de travail, équivalent à une bouchée de pain, pour assurer la nourriture d’une nombreuse famille.

– Quel contrat lie les « nouveaux colons » (cette fois ils sont Noirs et pas Blancs !) avec le propriétaire du domaine (qui est naturellement Blanc !) ?

– Que veut l’État républicain devant une telle évolution ?

*

I – Entre la décennie 1860 et les années 1930, la quasi totalité des domaines sucriers en Guadeloupe passe aux mains de capitalistes métropolitains ou Békés (Blancs Martiniquais !). Toutes les meilleures terres agricoles de la Grande – Terre (nord, centre, sud-ouest…) et celles du nord Base – Terre deviennent à la suite de nombreuses opérations de vente aux enchères publiques, la propriété d’investisseurs étrangers au pays. Évidemment, les anciens propriétaires s’étant endettés pour tenter de garder à flot des biens familiaux, s’écroulent, en particulier après les trois grandes crises sucrières internationales, entre les années 1882 et 1901. Les créanciers d’abord, mais aussi de nombreux investisseurs désireux de faire fructifier leurs avoirs aux colonies, n’hésitent pas à saisir les opportunités qui s’offrent à eux, notamment à partir de la fin du XIXe siècle.

En Guadeloupe, on assiste à ce moment-là à un basculement de la mutation foncière : elle se fait dorénavant, principalement, vers l’extérieur.

Cette situation particulière, dès les débuts du XXe siècle, élargie la césure béante qui marque la société guadeloupéenne au lendemain de l’abolition de l’esclavage. Des mouvements sociaux « nouveaux » : grèves en 1902, en 1910, pour les plus importantes, sont enregistrés. Les revendications des travailleurs agricoles portent sur les salaires journaliers (coupe de canne, attacheuse…) et le prix de la tonne de canne pour les colons.

Ces mouvements sociaux vont rythmer les récoltes de canne. Parfois, ils sont stoppés dans le sang, par des balles assassines. En février 1925, sur le site de l’usine Duval, à Petit – Canal, ce furent pas moins de 6 morts qui sont relevés.

Les revendications des ouvriers agricoles sont souvent associées à celles réclamées par les colons, car la multi – activité est le lot de la plupart des petits fils des anciens esclaves.

C’est, sans conteste, le contrat de colonat qui présente le plus de disparités dans les rapport s entre travailleurs agricoles et propriétaires usiniers.

Les colons obtiennent de la bonne volonté des propriétaires une parcelle de terre (entre moins d’un hectare à 3, voire 4 hectares, pas plus !). Ils ont l’obligation de produire de la canne. Elle est vendue à l’usinier-propriétaire qui prélève sur la production fournie jusqu’à 25% du fruit du travail de celui qui aura signé (par une croix !), un contrat dit de colonat. Ce type de rapport « nouveau » est au cœur de la dynamique sociale dans les campagnes guadeloupéennes au XXe siècle.

II – À la suite de la seconde guerre mondiale, l’influence communiste au sein du gouvernement de coalition modifie la perception du pouvoir central, ne serait – ce que sur le plan de la responsabilité de l’État.

Dès les années 1946-1950, la volonté gouvernementale stigmatise le déséquilibre qui existe dans les campagnes, et les préfets, qui ont remplacé les gouverneurs, ont pour instruction de rechercher la collaboration des usiniers afin que ceux – ci mettent, ne serait – ce que les plus mauvaises terres, à la disposition des cultivateurs désireux d’avoir un minimum d’autonomie, dans l’exploitation des parcelles qu’ils cultivent. Le pouvoir vise la constitution d’une couche de « paysans », afin de pacifier les campagnes secouées par de violents mouvements sociaux, le plus souvent mis sur le compte des communistes.

En 1961, la première réforme foncière est mise en route, suite à quelques opérations expérimentales tentées à Petit – canal, au Moule (dans le nord Grande – Terre), à Saint – François, Vieux – Habitants…. Ces opérations menées par des organismes officiels touchent quelques dizaines de travailleurs agricoles, et laissent des milliers d’entre-eux sous la coupe de la SAUB (société anonyme des usines de Beauport), basée à Port – Louis..

La dernière réforme foncière intervient entre 1978 et 1981, à la suite des plus importants mouvements sociaux (1971-1978) que connaissent les campagnes guadeloupéennes depuis l’abolition de l’esclavage de 1848.

III – Le temps du LKP (2009) fut celui d’une remise à plat de toutes les politiques publiques entreprises depuis 1848.

C’est ainsi que lors de la signature des Accords du 4 mars 2009, les points 140 à 143 concernent directement la maîtrise foncière, en particulier, la préservation de la surface agricole utile. Autour des 50 000 ha, celle – ci perd, tous les ans 1 millier d’hectares, en moyenne.

La tentative du gouvernement de supprimer entre 2008 et 2010, le contrat de colonat, au profit du contrat de fermage, crée des remous dans la zone de l’ouest de la commune de Sainte – Rose.

En effet, la CIACL (compagnie industrielle et agricole du Comté de Lohéac) dirigée par Hubert De Jaham (Béké !) propose la transformation des baux à colonat partiaire en baux de fermage, et surtout décide, avec la complicité de la direction des usines Gardel, de prélever à la source un pourcentage de la valeur des produits livrés à l’usine par les agriculteurs concernés. C’est le « HOLA !»  Une majorité d’entre eux s’y oppose, et d’ailleurs réclame à la société son titre de propriété. Quid !!!

Des petits – fils d’esclaves, sur les terres de Sainte – Rose, contestent la propriété foncière des grandes compagnies.

Ce qui est le plus curieux dans cette affaire, c’est que les tribunaux (tribunal des baux ruraux, TGI, Cour d’Appel, Cour de Cassation) ont entériné une situation de « pwofitasyon » manifeste puisque la société est incapable de présenter un titre de propriété, dans les formes légales prévues par la réglementation officielle. Pour contourner cet écueil, Hubert De Jaham fit établir, pour une trentaine d’hectares, une prescription trentenaire (datant de 2010 !… sic !), alors qu’il continue de revendiquer plus de 3 000 ha.

*

Le contact établi en janvier 2013, entre les agriculteurs concernés avec le LKP, jetèrent les bases d’une nouvelle perception de la question de la propriété foncière en Guadeloupe. Ainsi, le 5 mai 2016, quatre organismes, LAKOU-LKP, COSE, FONDATION F. FANON et UGTG, déposent auprès du TGI de Pointe-à-Pitre une requête, suivie de 2 QPC (question prioritaire de constitutionnalité), l’ensemble portant sur l’origine de la propriété foncière en Guadeloupe et par conséquent sur le décret d’avril 1848, suivi par la loi du 30 avril 1849.

Ces derniers ont fait rapidement l’objet d’une proposition de loi d’abrogation, sous l’égide du parlementaire Victorin Lurel, signe qu’il y a le feu dans la bergerie ! Au secours ! Les artifices juridiques sont mobilisés afin de pérenniser un système condamné …

Raymond GAMA, historien, Lapwent 29.06.2016

Elections présidentielles françaises et assimilation !

Onze candidats s’affrontent à l’occasion des prochaines élections présidentielles en France. Au coeur des débats opposant les 4 ou 5 plus remarqués par les sondages se trouve la problématique du développement de la France actuelle. Selon que le discours soit de Lepen, de Mélanchon ou de Dupont-Aignan… c’est l’Europe qui serait le danger principal qui grève le développement de la France. Macron ou Fillon récusent cette idée  garantissant le futur de la France dans et par l’Europe. Ils ne conçoivent pas « l’identité française » sans les « outre-mer » ! Se poser la question de la souveraineté française en intégrant les conquêtes coloniales pourrait sembler un paradoxe, mais c’est de la logique pure chez tous ceux qui ont assimilé les richesses des Peuples dominés par la France. Ils considèrent comme une chance pour la France d’avoir gardé des colonies. La France actuelle est le résultat de la diversité de ces rencontres, disent-ils. Sauf… que pour pouvoir assumer un telle vision de soi, il faudrait que les colonisés n’accèdent pas à la conscience de soi, qu’ils se nient… Celui qui est colonisé et Français abandonne sa culture : les nombreux débats concernant les Français d’origine africaine (Arabe et autres) le montrent bien.

Selon la puissance coloniale assimiler l’autre c’est se protéger ! Car puisque par l’acte d’assimilation l’autre n’est plus lui, donc différent du Français, la France serait ainsi préservée tout en se construisant à partir des richesses (matérielles et immatérielles) des autres. Cette construction républicaine est pernicieuse en ce sens qu’elle prétend s’ouvrir aux autres en leur imposant ses valeurs.

Comment résoudre cette contradiction ? Il y en a bien une.

Seul le  RESPECT de l’autre autorise le partage des valeurs.

Le MÉPRIS pour l’autre condamne tout partage !

Artaud et Poutou sont les seuls candidats à prôner un discours qui aille dans ce sens. Ils ne veulent pas du poste de président et ils ne seront pas élus le 7 mai : ………. !!!

ASSIMILATION à la française !!!

L’aspect principal qui ressort de l’analyse des luttes menées par les masses guyanaises se traduit en un mot : assimilation.

– Est-ce à dire que le Peuple guyanais soit « asi – milé » ? Est-ce à dire que les travailleurs de Guyane soient assimilés ?

Du XVIIe au XXe siècle les luttes des Peuples nous ont apporté des réponses relatives aux caractéristiques des politiques de domination qu’ils ont eu à subir et parfois subissent encore. Parmi toutes celles qu’il faudrait retenir, l’opinion commune trouve facilement le « cas guyanais » spécifique. Ne nous trompons pas. À chaque fois que l’on s’interroge sur la situation d’une colonie « française » cette réduction est tentante, un peu comme si nous pourrions poursuivre par : en Martinique c’est spécial ; en Guadeloupe, c’est particulier ; quant à la Réunion, c’est « pa menm palé ! ». A priori, ce qui semble une simple tentation dans une démarche d’investigation ne cache-t-elle pas, en réalité, le dictat d’une stratégie de suprématie ?

– Est-ce à dire qu’être Français c’est ne pas tolérer, ne pas reconnaître l’autre ?

C’est ce double questionnement qui m’interpelle dans le cadre de l’observation de la « question guyanaise ».

Dualité et indivision…

Dualité sociale et indivision… expressions d’une création coloniale conflictuelle…

 *

La dualité que nous venons d’illustrer gangrène les rapports à la terre en Guadeloupe. En effet, ce ne sont pas uniquement sur les rapports entre les petits fils d’esclaves et les héritiers des maîtres esclavagistes que se fixe la dualité auparavant expliquée. On la retrouve également dans les nombreuses indivisions qui lient les progénitures des petits fils d’esclaves. C’est là une source de difficultés très préoccupantes.

Au lendemain de la deuxième abolition de l’esclavage (1848) de « nouveaux libres » accèdent à la propriété de parcelles de terre, le plus souvent sur l’habitation où ils avaient été esclaves. Les surfaces sont minimes : en moyenne 2-4 hectares. Sur l’habitation Montalègre à Port-Louis, les prix sont de l’ordre de 750 F par hectare. Les parcelles forment un quadrillage difficilement accessible pour celles qui sont à l’intérieur du parcellaire. Les chemins sont aléatoires et coupent des parcelles en leur milieu, d’autres les divisent sans aucune perspective rationnelle. C’est au gré des circonstances héritées de la période esclavagiste. Depuis 1850 et après, ces conditions se sont décuplées et constituent aujourd’hui un véritable défi.

Comment répartir la terre héritée d’une arrière grand-mère ou d’un arrière grand-père, anciennement esclave ?

Comment régler les difficultés nées entre les héritiers  et leur permettre de dépasser les conflits qui les opposent ?

Nous sommes aujourd’hui témoins au LKP, dans de nombreux dossiers qui nous sont soumis pour avis, de l’ampleur des fractures qui existent au sein de multiples familles de petits-fils d’esclaves. Les conflits naissent souvent lorsque quelqu’un de la famille s’est montré un peu plus entreprenant que d’autres : par exemple, untel s’installe puis c’est au tour de sa fille mariée en communauté à une personne de la commune d’à côté ; il installe ensuite ses fils ; l’un de ses fils installe sa fille mariée à un « métropolitain » comme on dit, etc. A Vieux-Bourg, commune de Morne à l’Eau, il y a une quinzaine d’années, un conflit violent est né du geste d’un « métro » marié à une jeune fille du coin ; il voulut imposer par la force, avec l’appui de ses amis CRS, l’occupation de la totalité d’un terrain familial indivis sur laquelle, bien sûr, son épouse ne pouvait prétendre qu’à une infime parcelle.

Telle autre famille, à Petit-Bourg, est déchirée par le partage non accompli d’un terrain sur lequel tel d’entre les fils héritiers s’est installé après achat à ses parents. Cet achat n’est pas reconnu par les autres héritiers, d’autant plus que la parcelle concernée est celle sur laquelle se trouvait la maison familiale.

Dans telle autre situation, on retrouve une famille de 15 enfants, dans la commune du Moule, qui considèrent que la parcelle de colonat exploitée pendant plus de quarante ans par leur père, leur appartient. Ils soutiennent que le paiement du bail à colonat aux usiniers constitue une preuve de leur légitimité. Le procès intenté contre eux par la Chambre d‘Agriculture gestionnaire du GFA propriétaire de leur parcelle, a conclu à leur expulsion  ; on leur demande de partir ni plus, ni moins.

Moi-même, je gère un conflit à Vieux-Bourg qui oppose ma famille à une grande société agro-industrielle. Mon aïeul paternel, ancien esclave sur l’habitation Mon Repos, achète entre 1870 et 1883, plusieurs parcelles de terre, dont un bloc d’environ 5 hectares 50 en deux opérations. Au total, il possède au début des années 1900, à peu près 8 hectares 50, ayant complété son achat initial par d’autres moins importants. Le tribunal de grande instance de Pointe à Pitre a décidé le 21 décembre 1967 que l’ensemble de la parcelle BX 40 (a, b, c, d, e, f) appartenait à la SIAPAP (société industrielle et agricole…). Depuis mes parents sont déboutés de toutes leurs demandes. Pourtant, le »karé sòl« de la maison familiale de mon aïeul est encore présent sur la parcelle que l’on nous conteste. L’abolition de l’esclavage ne tarit pas la source discriminatoire : de liberté, d’égalité et de fraternité ! Il n’y en a point ! La RÉPUBLIQUE est coloniale !

En fait, à la dualité renseignée s’ajoute la partialité des tribunaux délibérément colonialiste. Ce qui fait dire aux avocats chargés de la défense des victimes dans ces affaires qu’il n’y a pas de solution juridique possible. Dans le prétoire donc, il n’y a pas d’espoir ! Nous nous acheminons vers une remise en cause de la confiance qui devrait lier les parties demanderesses, victimes ou pas, à leur défenseur.

Il reste le terrain, là où les gens se retrouvent tous les jours face à leurs difficultés quotidiennes, seuls et sommés d’inventer des solutions.

Les agriculteurs sont les premiers à se retrouver confrontés à de tels défis. Mais, les conflits de voisinage dans les bourgs, les hameaux sont de plus en plus nombreux.

La dualité telle qu’elle s’exprime aujourd’hui oppose deux conceptions que sous-tendent les parties suivantes :

  • Une conception coloniale avec les lobbies fonciers qui rassemblent des « blancs créoles et békés », des employés des services des hypothèques, des notaires et des fonctionnaires des services ministériels déconcentrés et parisiens ;
  • Une conception émancipatrice de l’homme, avec les derniers colons partiaires, de nombreux membres de GFA endettés jusqu’au cou, les jeunes demandeurs de terre à cultiver et de plus en plus de consommateurs demandant les produits locaux…

Les premiers entendent, depuis 2009, reprendre l’initiative en matière foncière et affirmer leur primat : ils sont les « premiers » acteurs de la Guadeloupe moderne. La terre leur est acquise !

Face à eux une nouvelle mentalité voit le jour : la société guadeloupéenne est de source « Kalina-Afro-descent » ! Les premiers hommes qui ont fécondé la terre des îles de Guadeloupe étaient Amérindiens ! La majorité de ceux qui, depuis environ un peu plus de trois siècles les nourrissent de leur sueur et de leur sang, sont d’origine africaine… Pour les Kalinas la terre n’est à personne !

Les multiples conflits repérés (indivisions et autres) ne sauraient être solutionnés sans que le cœur du problème ne soit affecté, sans rupture avec le colonialisme. Les valeurs discriminatoires (ethniques, économiques, sociales, idéologiques et politiques…) seront détruites par les travailleurs Guadeloupéens en lutte : c’est du temps qu’il faut, c’est tout !